Quel choc de découvrir cette capitale. Comme des sauvages arrivés dans la civilisation nous sommes émerveillés de tout, les immeubles neufs, les supermarchés et les trottoirs. Nous nous faisons klaxonner lorsque que nous marchons sur la chaussée et les taxis refusent que nous montions à plus de quatre par véhicule.
<o:p> </o:p>Les coopérants et leur famille qui nous servent de guides ont un peu de mal à croire à nos récits. Finalement, nous nous félicitons d'avoir un sas de décompression avant un éventuel séjour en Europe. Nous sommes complètement déphasés. Quelques mois ont suffit à nous faire perdre de vue la civilisation occidentale.
<o:p> </o:p>La semaine dernière le Père Noël me l'avait fait remarqué. Il ne me reconnaissait pas tout à fait. Plus laxiste mais aussi plus dure il trouvait que la mission m'avait transformée et que je devrais me faire rapatrier. En faite, nous sommes tous dans ce cas. Nous avons revêtu les habits d'un pays dur qui vit sous l'oppression d'une dictature depuis plus de cinquante ans.
<o:p> </o:p>A Dakar les gens disent s'il te plait et merci. Cela fait deux mois que personne ne s'adresse à moi comme ça mis à part mes co-missionnaires pour rigoler.
« Pourrais tu s'il te plait me passer le sel. » est réduit à « Envois le sel. » Ca peut paraître anecdotique mais ça durcit les rapports humains. L'humanité disparaît, l'autre n'est qu'un moyen d'obtenir quelque chose.
<o:p> </o:p>Ce qui nous frappe à Dakar c'est aussi l'artisanat, l'expression artistique. Soudain nous découvrons qu'il n'y a pas d'artisanat non plus dans notre pays. Le peuple a tellement était brisé qu'il ne s'exprime plus.
<o:p> </o:p>Les communiqués de presse ne sont que de la propagande et visiblement tout le monde s'en contente. Ils décrètent une trêve ou un couvre feu et défilent dans les rues en tirant en l'air. La population reste terrée chez elle. Après plusieurs jours la pression se fait moins forte et la population trop contente de pouvoir de nouveau sortir, faire des courses et aller travailler accepte n'importe quel gouvernement.
<o:p> </o:p>Le 24 décembre, dix minutes après l'annonce de la trêve pour que les chrétiens puissent aller à la messe les militaires ont défilés dans tous les quartiers en tirant. Bien sûr nous pouvions aller à la messe mais au péril de notre vie. Voilà la démocratie selon le nouveau gouvernement. Heureusement que la communauté internationale condamne fermement.
<o:p> </o:p>Bref, Dakar nous fait prendre conscience de la misère financière, intellectuelle et politique de notre pays. Le pays a 25 ans de retard sur le Sénégal alors que son sol et son sous sol est bien plus riche. Nous sommes accablés.