Au CICR (Comité international de la croix rouge) ils sont chouchoutés. Non seulement ils sont payés des fortunes, ils sont logés dans de superbes appartements, ils ont de belles voitures mais en plus ils ont droit à des débriefing émotionnel. Après une semaine à la prison centrale ils ont droit à une soirée entre collègues pour raconter ce qu'ils ont vu et qui pourrait les avoir choquéS. Jugeant que ma semaine à la maison centrale avait été éprouvante, ils m'y ont invité. Il y avait aussi la responsable de Terre Des Hommes (TDH) qui intervient auprès des mineurs.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>La soirée était très intéressante, outre le fait qu'il y avait du vin et du foie gras, j'ai mieux compris le fonctionnement de la prison et les latitudes que je pouvais y avoir. Notamment en ce qui concerne les jeunes qui font sept ans de préventives, qui sont condamnés à huit mois de prison et qui reste malgré tout dans <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:PersonName w:st="on" ProductID="la P">la P</st1:PersonName>6. Je sais maintenant que je peux gentiment demander leur libération au régisseur qui s'empressera de les libérer. Il ne faut absolument pas qu'il les oublie. J'ai appris aussi que j'étais la seule à intervenir auprès des adultes non malades. Pour les femmes, les mineurs et les malades il y a tout un tas d'ONG mais pour <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la P">la P</st1:PersonName>6, il n'y a que le père et moi.
<o:p> </o:p>J'ai aussi découvert Marie-Jeanne de TDH, c'est elle qui finance notre service de nutrition au dispensaire. C'est vraiment une fille super. Nous avons reparlé de Bintou, l'hydrocéphale mais malheureusement, TDH ne finance pas ce genre d'opération parce que le taux de mortalité est quasiment de 100%. Les filles du CICR nous regardaient comme des bêtes curieuses.
<o:p> </o:p>Pour les aider à mieux comprendre notre réalité je les ai invité au dispensaire mais elles n'ont pas le droit de sortir du centre ville sans ordre de mission formel. Elles ont une radio dans leur salon et à chaque fois qu'un membre de la délégation se déplace il est obligé d'avertir le PC par radio. Du coup tout le monde est au courant de Ginette est rentré à quatre heure de matin ou qu'elle descend acheter le pain. Je suis bien contente d'avoir choisit la pauvreté mais de pouvoir aller où je veux, quand je veux et sans rien dire à personne.
<o:p> </o:p>Finalement, une fois que nous avons compris que nos vocations étaient radicalement différentes nous avons abordé le thème de la religion.
-C'est sûr que je ne suis jamais autant allé à la messe que depuis que je suis ici.-Ah bon pourquoi ?
-Parce que je vois mourir des enfants et que si je n'ai pas envie de me décomposer il faut que je m'appuie sur quelque chose.-Mais pourquoi tu vois mourir des enfants ?
-Parce que dans les quartiers pauvres souvent les familles attendent le dernier moment pour aller au dispensaire. Parfois il est trop tard et l'enfant meurt pendant le trajet ou à son arrivée chez nous. Si je ne voulais pas voir de mort il fallait que je reste chez moi.<o:p> </o:p>C'est vrai j'ai choisi la mauvaise option, je vis de pauvreté, je vois des enfants morts, je vais dans les cales avec les prisonniers tous les samedis et en plus je n'ai pas de débriefing émotionnel. A mon retour à la maison, j'étais contente de retrouver mes colocataires, heureusement qu'entre nous on se comprend.
<o:p> </o:p>