Ils sont gentils les pushistes, l'une de leurs premières mesure ça à était de taxer les virements à l'extérieur. Hier matin, impossible de faire le virement pour nos médicaments, il fallait un nouveau papier mais le banquier ne savait pas où se le procurer.
Ce matin je suis donc allée à la recherche de la DDI, Direction de Description des Importations. Je suis naturellement allée à la douane. J'ai vite trouvé l'immeuble mais il m'a fallut dix minutes pour trouver l'entrée.
A l'entrée, un sympathique militaire m'a accosté :
-Quoi ?
-La DDI
-C'est la commèch
-Pardon ? La DDI s'il vous plait
-C'est la commèch ?
-Non, pas la Comex, la Comex c'est à Marseille sur la Canebière. Je cherche la DDI.
Voyant que décidément, ces blancs n'y comprennent vraiment rien il m'a prise par le bras et m'a entraînée à deux pâtés de maison de là. Sur l'immeuble totalement délabré il y avait un panneau rouillé : Ministère du commerce et des importations. « La commèch, évidemment. »
Nous avons monté quatre étages à pied. Vu l'état de l'ascenseur j'étais plutôt contente. Au dernier étage il y avait un panneau indiquant la DDI. Ouf, un moment j'ai quand même douté, en fait j'ai douté tout le trajet.
Quand je l'ai vu tirer la porte sur laquelle il y avait écrit en gros « toilettes », je me suis dit que j'étais foutue. Il est entré en me disant que le bureau était là. Je suis restée dans le couloir en faisant semblant de refaire mon lacet pour ne pas le mettre dans l'embarra. « Euh... Pas là, autre bureau ». Je m'en serais douté. Je n'ai pas rit parce que l'illettrisme est un fléau dans ce pays. Nous sommes enfin arrivé à la DDI et il m'a présenté au directeur. Nous sommes rentré dans son bureau, tous les trois. Le militaire s'est assis juste à coté de moi.
-Merci de m'avoir accompagné mais maintenant je crois que je vais m'en sortir
-...
-Bon, et bien restez
.Le directeur connaissait le dispensaire. Quand il m'a dit que le papier été payant et que le prix était proportionnel au montant du virement, j'ai fait ma mine d'angoisse.
-Oh ! Allah
(Oui, maintenant j'invoque Allah à haute voie, ça leur fait plaisir) Et c'est cher ?-Très cher...
-(J'ai repris ma face d'angoisse) Mais c'est pour les pauvres, comment va-t-on faire ? Les médicaments ont augmenté et le prix de l'électricité et le prix de l'eau, c'est la mission catholique, nous n'avons vraiment pas d'argent, nous sommes normalement exonéré de frais de douane, il y a tellement de pauvres et la prison et l'orphelinat, ah ! Les pauvres orphelins,...
Comme j'étais à deux doigts de pleurer il m'a exonéré de taxe mais il lui fallait une info qui était dans ma mail box. Je lui ai proposé de lui envoyer un mail avec les infos et de revenir plus tard.
En sortant, j'avais toujours mon militaire accroché à mes tongs. Je savais maintenant qu'il voulait de l'argent. Dans les escaliers j'ai simulé un essoufflement pour qu'il parte devant. Rien a faire il me collait comme la petite vérole sur le bas clergé breton. J'ai joué la grande tragédienne, Sarah Bernard.
-Oh ! C'est tellement gentil ce que le directeur a fait pour les pauvres malades. Allah le lui rendra au centuple. Il m'a exonéré de taxe, c'est vraiment un homme très bon, un grand homme... Merci, bonne journée et qu'Allah vous garde.
Il est parti la tête basse mais au moins il m'a lâché les baskets.
Je suis allée au cyber pour envoyer mon mail et je suis revenue à la DDI. Il ne vous a pas échappé que j'aurais pu aller sur ma mail box dans le bureau du directeur mais visiblement, il n'avait pas envie de me prêter son ordinateur.
A mon retour il m'a fait rassoire dans son bureau où il y avait déjà quelqu'un.
-Bonjour monsieur.
-Bonjour ça va ?
-Oui ça va et vous ça va ?
-Oui ça va et votre famille en France, ça va ?
-Oui ça va et votre femme et vos enfants, ça va ?
Ca a duré comme ça pendant une demi heure et puis le monsieur est partit. Il a été remplacé par un autre et puis un militaire est entré lui aussi dans le petit bureau.
-Vous savez monsieur le directeur, je peux attendre mon papier dans la salle d'attente. Je ne veux pas vous déranger.
-Mais vous n'allez pas rester seule dans le couloir. Vous restez avec nous.
Le militaire était venu lui annoncer que le poste de haut fonctionnaire qu'il visait avait été donné à un autre mais qu'il allé y avoir de nouveaux mouvement parce que les opposants se préparaient à riposter. Je crois qu'ils n'imaginaient pas une seconde que je comprenais ce qu'ils disaient. « La pauvre blanche qui soigne les pauvres elle ne parle pas les dialectes » pensaient ils.
Et puis tout le monde est sorti et je suis restée une heure seule dans le bureau, son ordinateur diffusait de la musique cubaine, une autre dictature militaire sympathique. Heureusement qu'on a inventé les jeux sur les portables. A force d'attendre des heures mes papiers j'ai explosé mes scores.
Puis le directeur est revenu avec deux autres personnes, ils ont mangé du riz et encore papoter à propos du coup d'état.
-Je peux peut-être attendre dehors ?
-Mais non, tu restes avec nous.
Le tutoiement a eu un peu de mal à passer parce que l'heure tournait et que je n'avais toujours pas mon papier. Finalement nous sommes resté seul dans le bureau, comme il vu que j'appréciais la musique cubaine il m'a fait faire le tour de sa discothèque. J'eu droit à de la techno américaine et Céline Dion à fond dans les oreilles. Un homme de culture ce fonctionnaire. Après quatre heures quand il a jugé qu'il m'en avait suffisamment mis dans la vue il m'a posé la question que je redoutais depuis longtemps :
-Tu es madame ou mademoiselle ?
-Madame.
-Et du as des enfants ?
-Oui, deux que j'allaite.
(La botte secrète, avoir des enfants que l'on allaite)J'ai été sauvée par la secrétaire qui a enfin apporté le précieux sésame. J'ai attrapé mon papier, ramassé mes affaires et remerciée chaleureusement mon hôte.
-Au revoir merci pour tout.
-Au revoir et bien des choses à monsieur.
-Monsieur ??? A oui ! Mon mari et bien des choses à madame ou à mesdames.
-Mesdames, j'en ai trois mais il y a de la place pour une quatrième.
-... Et bien !!! Bonne journée.
Le problème c'est que dans six mois on recommence le même cirque pour la commande suivante. Je pense que j'y passerai au moins six heures et qu'il ne va pas me lâcher le polygame fou. Marre d'être dans un pays de machos