Aujourd'hui, je me suis luxée l'épaule, j'ai pleuré et j'ai assisté à un accouchement où l'on croyait que l'enfant était mort.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Au dispensaire on a un gardien maniacodépressif quand il ne va pas bien et qui nous sert la main le matin, il n'a qu'un plaisir : nous faire mal. Il faut le savoir et agir en conséquence. Pendant longtemps, j'ai refusé de lui dire bonjours parce que me faire broyer la main le matin au réveil, ce n'est pas trop mon truck. En ce moment, je me montre particulièrement vigilante parce qu'il n'a qu'une envie : tirer sur mon bras convalescent.
<o:p> </o:p>-Bonjour !
-Je te préviens, je te dis bonjour mais tu n'as intérêt à me faire mal.
-Ne t'inquiète, pas je ne te ferai pas mal.
Il a tiré comme une brute. Instantanément la clavicule est sortie de son logement et mon omoplate est partie en avant en déchirant les muscles de mon dos.
<o:p> </o:p>J'ai pleuré pendant une demie heure parce que je ne supporte plus la violence des rapports et un quart d'heure de plus parce que pour remettre l'épaule en place ça a était très douloureux. Marie et Ana m'ont shooté avec une piqûre d'antalgique et j'ai fait ma journée de travail. Je ne pouvais pas rentrer à la maison : Ana devait partir en ville pour déposer des chèques à la banque et je ne pouvais pas laisser Marie seule au dispensaire.
Au début, le directeur adjoint de notre ONG a cru que je faisais du zèle et finalement, il a compris qu'on ne peut pas laisser une coopérante seule au dispensaire, il faut au moins que l'on soit deux pour gérer tout ce qu'il y a à gérer.
<o:p> </o:p>En fin de journée, je suis passée à la maternité pour vérifier le stock. C'était la grosse truie violette qui était de garde. Une femme était en plein travail. « Elle a rompu la poche hier, l'enfant doit être mort » a-t-elle lancé à la cantonade. J'ai pris la main de la maman et je l'ai consolée pendant que la sage-femme lui appuyait sur le ventre. Quand le bébé est enfin sorti, il était tout flasque et bleu. J'ai vu ses lèvres remuer. « Il est vivant, Angeline, la sonde d'aspiration ». J'aurai dit qu'il y avait des soldes monstres au rayon des boites à outils de la Foire Fouille que ça n'aurait pas eu autant d'effet, Angeline n'a pas bougée. Sans le désencombrer, elle a passé le bébé sous l'eau froide et l'a posé sur la paillasse.
-Il est quand même flasque, tu ne lui donnes pas de sucre ?
-Non
-Il est quand même bleu, il tremble de froid
-Oui
-Tu ne le couvres pas ou tu ne le mets pas sous la lampe. Il ne va pas bien ce bébé.
-Non
<o:p> </o:p>De retour à la maison, j'ai quand même demandé son avis à Ana qui m'a confirmé qu'il fallait aspirer le bébé, lui donner du sucre et le réchauffer. C'est la troisième faute grave de cette sage-femme en trois semaines, il est temps que le directeur revienne pour la licencier.
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