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La crise

Il fallait que ça sorte, depuis plusieurs jours la tension était à son comble du côté des coopérants. Deux logiques et deux camps s'affrontent : les médecin et les gestionnaires. Les médecins veulent suffisamment de médicaments pour soigner leurs patients et les gestionnaires luttent pour maintenir l'équilibre budgétaire du dispensaire.

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Par exemple quand un médecin me dit : « Si on achète 1000 comprimés de ce médicament on peut soigner 500 patients et ça ne coûte que 4,35€ » malheureusement, je suis obligée de lui répondre « Peut importe tes 4,35€ il faut réduire la commande de médicaments de 4000€ ».

Le nombre de malade a augmenté, les médicaments ont augmentés, la seule chose qui n'augmente pas c'est mon budget.

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Alors, de la manière la plus cynique j'ai choisi dans une liste les patients que nous ne soignerons plus : Les diabétique, les épileptiques et les hypertendus. J'ai choisi aussi des maladie que nous ne traiterons plus : La gale, la teigne, les candidoses, les vaginites, plus d'antalgiques et plus d'anti-inflammatoire. Je m'imagine quand mal dire : « Mesdames et messieurs bonjour, si vous êtes pauvres et que vous rentrez dans une des catégories qui suivent : allez souffrir ou mourir chez vous »

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Le médecin tyrolien m'a prise pour un monstre, il m'a supplié d'augmenter le budget. Il a tempêté mais il a refusé de comprendre que la décision n'était pas dans mes mains. Il continuait à me supplier pour sa boite à 4,35€ alors qu'il fallait supprimer des dizaines de médicaments. Nous étions dans deux mondes différents.

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Pour éviter que la discussion finisse dans un bain de sang le directeur nous a conseillé de demander un don exceptionnel de la fondation Raoul Follereau.

Je vous passe le passage dans les beaux bureaux de la fondation. Il veulent bien nous aider pour 5000€ mais il faut acheter les médicaments chez eux où les prix sont multipliés par deux ou trois par rapport à la fondation qui nous fournie habituellement. On n'a pas vraiment craché dessus mais je n'étais pas tout à fait convaincue de recevoir mes colis un jour.

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Sur le chemin du retour le médecin m'a reparlé de sa boite à 4,35€ et là j'ai explosée. Pour la première fois depuis mon arrivée. Plus je parlais, plus j'en avais à dire. Et mon pauvre collègue non francophone qui me disait : « Les mots sortent de ta bouche mais je ne les comprends pas »

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Ce n'était pas nécessaire qu'il comprenne. Je disais juste que je n'étais pas un monstre, que moi aussi je voulais tous les sauver, que la vie était injuste, que la crise touche toujours de plein fouet ceux qui n'ont rien, que je n'avais pas quitté mon pays, ma famille et mon amour pour être impuissante, que dans ce cas il valait mieux que je rentre tout de suite chez moi et que d'ailleurs si ça continuait je rentrerai chez moi pour de bon.

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En fin de journée, nous sommes arrivé à un certain consensus et mon brave co-missionnaires a tenu à s'excuser pour ses emportements, j'en ai fait de même. Les pharmaciennes m'ont quand même fait remarquer qu'elles ne m'avaient pas vue de la journée et que je ne les aidais pas beaucoup ces dernier temps. Elle au moins, elles ne doute de rien.

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