L'inconvénient de vivre dans une dictature militaire avec un président moribond c'est que la situation est pour le moins précaire. Depuis des années tout le monde attend la mort du général président, les différentes factions, les différentes ethnies et surtout la population.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>La rumeur de la mort du président est permanente, toutes les trois semaines l'opposition l'annonce et la capitale fait ville morte pendant deux jours. La semaine dernière pendant mes vacances ça avait été encore le cas mais la présidence avait démentit. En fait ils ont emprisonné les rédacteurs en chef des deux journaux qui ont osés se poser des questions sur l'éventuel décès du président. Comme la rumeur s'amplifiait ils ont aussi tabassé les vendeurs des mêmes journaux.
<o:p> </o:p>En fin de semaine, tout était revenu à la normale. Nous nous apprêtions à passer Noël en paix en redoutant des émeutes en janvier. Dans cette éventualité vendredi nous avions fait une réunion sur la sécurité.
-Et niveau d'alerte 4, nous évacuons avec l'ambassade de France
-Ah oui ! Et on va à Bamako pour s'acheter du Bazin
-Bamako??? Ca ne va pas, si on est évacués j'espère qu'on ira à Paris. La collection printemps été va arriver. Et puis je suis française, je refuse d'être évacuée ailleurs.
On ne peut pas dire que la panique nous rongeait.
<o:p> </o:p>Hier soir j'étais au téléphone avec ma mère et plusieurs avions sont passés au dessus de notre tête. « Je crois que le président est vraiment mort » lui ai-je dit.
<o:p> </o:p>A trois heures du matin le directeur du dispensaire est venu tambouriné à ma porte.
-La mort du président vient d'être confirmée. Nous passons en alerte de niveau 2. Réveils les autres filles et prépares un sac pour une éventuelle évacuation.
Je suis partie me recoucher parce que je trouvais que deux personnes réveillées c'était deux de trop mais les tirs se sont rapprochées et l'électricité a été coupée.
-Les filles, préparez votre baluchon le président est mort.
-Ok, je prends le foie gras et vous vous partagez la charcuterie.
- Zut, je n'ai pas récupéré mon boubou en bazin chez le couturier.
Au moins, on ne peut pas nous reprocher de ne pas être constantes.
<o:p> </o:p>Les tirs se sont encore rapproché et j'ai fait mon sac : Le livre de prière de mon père, la bible offerte par ma grand tante et mon chapelet (On ne sait jamais quelques prières ça pourrait être utile), trois culottes, deux soutiens gorges, des francs, des euros, mes 100 dollars de secours, mon passeport et ma carte d'identité, un pantalon, deux tee-shirts, ma trousse de toilette avec un brosse à dent rose et mon maquillage Chanel et une coquille saint Jacques. Si je devais être évacuée, voilà ce que j'emporterais si je ne devais emmener que <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:metricconverter ProductID="3 kg" w:st="on">3 kg</st1:metricconverter>.
<o:p> </o:p>J'ai rechargé, mon portale, mon appareil photo, ordinateur et mon Ipod.
<o:p> </o:p>Je prie un peu parce que si ça dégénère et que nous partons, il y a peu de chance que nous retrouvions le dispensaire à notre retour, si nous rentrons. 20 ans de travail pour rien et les plus pauvres livrés à eux même. Une catastrophe.
J'ai pensé aussi au prisonnier car à chaque crise politique ils ne sont plis nourrit et meurent par dizaines chaque jour.
<o:p> </o:p>Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre en écoutant le balai de avions qui commencent les évacuations.
<o:p> </o:p>Maintenant tout peut arrive dans ce pays.