Si j'ai retrouvé le dispensaire avec un plaisir mitigé, c'est avec un véritable bonheur que j'ai retrouvé a prison et bien sur les prisonniers.
Samedi matin 11h30 devant la prison avec le Padre et Charly un étudiant camerounais (lui aussi) qui fait de la catéchèse auprès des prisonniers chrétiens. Grâce à un don nous avons pu acheter deux cartons de savons de les sœurs de la charité de mère Thérésa pourront distribué dès cette après midi. Ils pourront au moins se laver et retrouver un peu de dignité.
Entrant dans la P6, la pire cale que nous visitons habituellement, je perçois immédiatement le changement. Ils ont reçu des nattes neuves pour Noël et il ont l'air un peu mieux nourrit. En discutant nous nous apercevons que le chef de chambre à changé. Il y fort à parier que celui-ci ne revend la ration prévue pour les détenus et qu'ils mangent donc un peu mieux. A midi, on leur serre de la bouillit. Ca à l'air très mauvais, vraiment très mauvais mais au moins ils ont quelque chose dans le ventre. Ils me sourient tous, ils avaient peur que je ne rentre pas de Dakar. Mama est de retour.
Notre action commence à porter ses fruits, l'état sanitaire des prisonniers s'améliore. Comme je commence à connaître les prisonniers, je les recense régulièrement pour vérifier qu'il n'en manque pas. Quand certains disparaissent, je peux demander où ils se trouvent et les visiter dans une autre cale. Malheureusement, certains disparaissent sans trace...
Aujourd'hui, il manquait Mohamed et le Vieux. Mohamed, c'est lui à qui j'ai promis de revenir la première fois que je suis venue. C'est un peu à cause de lui que je me suis embarquée dans cette galère. Il était très affaiblit la dernière fois que je l'ai vu. Il ne lui restait que 2 mois à faire. J'espère qu'il a été libéré, mais dans ce cas il serait venu me voir au dispensaire. Ses codétenus m'ont dit qu'il était dans la P5 puis dans la P4. Personne ne sait où il est. Peut-être au fond du jardin sous les tomates. Il doit tenir compagnie au Vieux. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a dit : « Mama aide moi, je vais mourir ». En rigolant, je lui ai répondu qu'il dit ça à chaque fois mais qu'il est toujours là. La prochaine fois je tournerais sept fois ma langue dans bouche.
Dans la matinée nous avons contenu une éventration avec une bande velpo, mis des gouttes de collyre pour une conjonctivite, soignés une plaie qui méritait au moins huit point de suture en fabriquant des strips avec des et percé quelques abcès.
Un gamin qui ne devait pas avoir plus de 13 ou 14 ans est arrivé vers moi avec un tibia énorme. C'était une infection osseuse. J'avais déjà vu ça au dispensaire. L'os est tellement infecté que l'infection, le pue, transperce la peau. Il suintait le pue. Et comme vous le savais le pue, ce n'est pas vraiment mon fort.
-Tu en penses quoi ? Ce n'est pas beau hein ?
-Non ce n'est pas beau et je n'en pense rien, je ne suis pas médecin. Je refuse de soigner ce gosse dans de telles conditions. On va le tuer mon père.
-Si on ne le fait pas personne ne le fera et il mourra de toute façon.
-On va finir en enfer pour exercice illégal de la médecine.
-L'enfer c'est ici. Il faut au moins désinfecter. Tu fais ce que tu peux.
Ce n'était vraiment pas beau mais j'ai tenu le coup. Après j'ai revu le gars qui avait un abcès sous le pied. Là aussi j'ai eu mon compte d'horreur, je vous laisse imaginer l'état de la plaie alors qu'il marche pied nu toute la journée. Le dernier de la journée a été torturé il y a quelques semaines. Ses plaies avaient bien cicatrisée mais il avait un bouton dans le dos. Le bouton, c'était en fait le nid d'une larve de mouche. Quand j'ai pressé et je me suis sentie un peu mal, quand j'ai vu un truc blanc sortir j'ai eu la nausée. Avant que je tourne de l'œil mon téléphone a sonné, mon frère.
-Je te dérange ?
-Euh, un peu je suis à la prison je fais un truc un peu dégueulasse. Vraiment dégueulasse.
Après avoir raccroché je me suis sentie un peu lasse. « Tu veux que je finisse petite ? » m'a proposé le père. Une aide bien venue, dans le cas contraire je crois que j'aurais vraiment tourné de l'œil.
En rentrant à la maison ma colocataire, le médecin chef du dispensaire m'a demandait comment c'était passé la prison. Je lui ai raconté comme d'habitude tout ce que j'avais fait. Je ne travail que sous son contrôle. « Je crois que quand tu rentres tu pourras entreprendre des études de médecine ».
Je ne ferais pas d'études de médecine, mais je suis contente de ne pas faire de grossières erreurs médicales. Jusqu'à maintenant, toutes les plaies que je soigne évoluent favorablement et même au-delà de mes espérances en ce qui concerne le gars qui a eu le crâne fendu par un coup de machette.