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Les vaccins

Après trois lapins en quatre jours, après m'avoir raccroché au nez et après une semaine sans répondre à mes appels, l'antipathique Dr Dougo à enfin prononcé la phrase magique : « Vos vaccins sont près, vous n'avez qu'à venir les chercher dans le centre de santé où je travail ».

Enfin, après trois semaines, je n'y croyais plus.

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Cette situation vient du fait que chez nous les vaccins sont gratuits. Ils devraient ètre gratuits partout mais dans les faits nous sommes les seuls à ne pas demander de dessous de table vacciner les enfants. Résultat : Nous sommes ceux qui vaccinons le plus de monde et donc nous sommes en rupture de stocks avant tout le monde. Comme les dotations ne sont pas faites en fonction de la fréquentation des centres de santé mais équitablement répartie entre tous les centres de la zone, certains centres jètent leurs vaccins périmés pendant que d'autres sont en rupture.

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J'ai fait un détour par la pharmacie centrale où le Dr Sylla, le maître des lieux m'a dit que Dougo n'avait pas pris tous les vaccins. A sa grande surprise, il n'avait pris qu'un seul type de vaccin, le Pintavalant. Ca fait trois mois que l'on nous promet le Pintavalant qui permet de couvrir cinq vaccins mais nous ne l'avons jamais eu dans nos dotations alors que les autres centres l'avait eu. Curieux...

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Après nos tensions par téléphone j'ai été surprise qu'il m'accueille avec le sourire.

-Marie, comment vas-tu ? Bonne année et plein de choses.

-Euh, bonjour.

-J'ai tes vaccins, tu seras contente mais j'ai vu que dans votre centre aucun blanc n'était recensé. Il faut absolument que vous le soyez.

-Le recensement n'est pas obligatoire. (Comment est il au courant de cette information ?)

-Oui, mais il faut que le gouvernement sache combien il y a de blancs chez vous.

-Je ne peux pas répondre, le directeur est malade et je n'ai pas l'autorisation de l'évêque pour le faire. Sans l'autorisation de l'un ou de l'autre, je ne peux pas.

-Ah...Euh...Je comprends. Je sais que beaucoup de congrégations et d'expatriés ont refusés mais il faut que nous sachions.

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Je n'ai pas compris cette histoire de recensement mais une chose est claire, ce n'est pas clair. Pourquoi veulent-ils des infos sur l'église et les blancs. Je n'aime pas ça.

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Préoccupée, je n'ai pas fait attention à la marque de conservation des vaccins mais j'ai bien compris qu'il nous refilait un vieux lot de Pintavalant qui pourrissait dans son congélateur. Pour les autres vaccins, il ne s'est pas caché de nous donner les lots non réclamés, depuis trois mois, des autres centres de santés. Trop contente d'avoir enfin des vaccins je n'ai pas relevé le trafic.

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Vingt minutes plus tard j'étais au dispensaire. C'est l'agent chargé de la vaccination qui a repéré le problème. Tous les Pintavalant étaient inutilisables. Il y avait eu une rupture dans la chaîne du froid et la marque de conservation avait virée. Dans le meilleur des cas : Dougo est un incompétent qui ne sait pas respecter la chaîne du froid et refile des vaccins inactif et dangereux. Dans le pire des cas : Il savait très bien qu'ils étaient périmés et pour ne pas avoir à expliquer comment 1500 doses de vaccins placés sous sa responsabilité avaient virés, il nous les a refilé en pensant que l'on ne verrait rien.

Ana, l'a immédiatement appelé pour lui signifier le problème, il s'est emporté et il lui a raccroché au nez. Il fallait que j'y retourne pour régler le problème.

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Je me suis écroulée dans le bureau. Je n'ai aucun doute sur sa malveillance mais je dois continuer à travailler avec lui si je veux continuer à avoir des vaccins. Je sais que ces vaccins périmés nous ont été donnés sciemment. Il veut la direction du dispensaire, il ne s'en cache pas. Il nous met des bâtons dans les roues pour nous décourager mais 1500 doses périmées, ce sont 1500 enfants qui ne sont pas protégés par leurs vaccins, ça peut-être 1500 enfants qui meurent d'une hépatite ou d'une méningite.

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Cet homme est un criminel mais je ne peux pas lui jeter sa glacière de vaccins en travers de la tête.

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Je suis retourné au centre de santé. Quand je l'ai vu, je lui ai sourit. J'ai prétexté une erreur bien humaine. J'ai joué la compréhensive et je lui ai demandé de m'échanger les vaccins.

Il a été parfaitement odieux jusqu'à ce que sa chef arrive. Elle était tellement contente de voir quelqu'un de notre dispensaire. Elle m'a remerciée pour le travail que nous fournissions et pour nos efforts pour vacciner le plus grand nombre d'enfants. Je lui ai expliqué le problème sans le invoquant la malchance.

-Serait-il possible d'échanger les vaccins défectueux ?

-Bien sur, servez vous.

Comme le Dr Sylla m'avait décris les glacières qui avaient servit au transport des vaccins le matin même c'est là que je suis allée chercher mes doses.

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Je suis arrivée sous les ovations au dispensaire. « Encore une victoire de canard ».

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