Et voilà, retour à la normale, le quotidien reprend ses droits. Quatre cent malades nous attendent quotidiennement à l'entrée du dispensaire, nous sommes tous malade à tour de rôle tout les deux jours, on galère pour envoyer des mails ou passer un coup de téléphone, je bois des bières chez le padre le jeudi soir et le samedi nous sommes à la prison.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Tout a repris sa place mais nous restons blessés de ce que nous avons vécu le soir de Noël. Nous sommes à fleur de peau, comme si ce pays nous caressait au papier de verre toute la journée. Le soir, les tensions sont trop fortes, il faut quelles se libèrent, nous nous en prenons à nos co-missionnaires.
<o:p> </o:p>Le départ des autrichiens augmente les tensions, tout d'abord nous avons tous un sentiment d'inachevé : nous les avons laissé sur le bord de la route. Avec le médecin chef, nous nous sommes partagé la responsabilité de la maternité, du centre de consultations prénatales et du programme de prévention de la transmission mère enfant du virus du sida. Ces nouvelles responsabilités sont le bien venues, elles me sortent de la pharmacie et en plus je vois plus les patientes. Pour le directeur et sa femme, le problème est différent s'ils ne souffrent pas d'une surcharge de travail, ils subissent de fortes pressions de leurs familles pour qu'ils rentrent en Belgique.
<o:p> </o:p>Entre les célibataires qui sont épuisés par les journées doubles au dispensaire et le couple qui se sent seul parce qu'ils sont les seuls jouer la vie de leur enfant, la communication est difficile.
<o:p> </o:p>Lorsque l'on me parlait de ce genre de situation en formation j'était étonnée. « Comment des adultes normalement constitués peuvent ils se comporter comme cela ? » « Il suffit de parler pour se comprendre. »
<o:p> </o:p>Le problème, c'est que loin de nous avoir reposer, la semaine à Dakar nous a épuisée et ce pays... Ce pays est d'une violence inouïe. Je pense que même nous nous n'en avons pas totalement conscience. Le fait est que nous sommes devenus méchants, une vraie meute de loup à la tombée de la nuit. Les soirs où nous devons nous défouler, les portes claques, les voix éclatent et les sentiments se déchirent.
Alors que nous sommes loin de chez nous, que notre mission est difficile nous devrions trouver au sein de notre communauté de l'amitié, du soutien et même un peu d'affection les jours où ça ne va pas. Mais certain soir, c'est le déchaînement. A fleur de peu nous explosons emportant tout sur notre passage.
<o:p> </o:p>Ce pays fait sortir le pire de nous alors que nous sommes venu chercher le meilleur.
<o:p> </o:p>Pourtant, même quand tout parait perdu, quand on pense la communauté déchirée et disloquée, un événement nous soude et nous repartons aussi solide que le roc...jusqu'à la prochaine fois...