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Une journée bien ordinaire

Tous les matins depuis un certain milliard d'années, le soleil se lève sur la terre.

Tous les matins depuis un certain million d'années l'homme se lève en se disant : « Et encore une journée ordinaire qui commence ».

Ce matin n'a pas dérogé à la règle, je me suis levée en pensant à la banalité de la journée qui m'attendait. Vous noterez au passage que de vivre dans l'un de dix pays les plus pauvre du monde à quelques 5000 kilomètres de chez moi et travailler dans un dispensaire constitue, à présent, une banalité affligeante. Passons.

Ce matin donc je me préparais à vivre une journée bien ordinaire...

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Comme tous les matins le gardien était allé chercher du pain frais au marché, à son retour il m'a dit que des tirs avaient était entendus dans les quartiers populaires à l'ouest. J'en profite pour vous annoncer que cette nouvelle constitue elle aussi une banalité affligeante, c'est un peu comme annoncer une nuit bleue en Corse.

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Ce n'est qu'à l'arrivée de la nounou des belges que nous avons pris conscience de la situation. Maryam (La nounou) avait croisé la responsable de la maternité (une autrichienne) qui accompagnait ses enfants au lycée français, elle avait croisé le médecin précisément dans le quartier qui s'était agité pendant la nuit, elle lui avait fait signe de ne pas continuer et de rentrer mais notre brave médecin ne l'avait pas vue et avait traversé le quartier sans s'inquiéter.

Elle est sympas la responsable de la maternité mais comme elle passe ses journées à chanter d'un air guilleret parfois elle passe à coté de l'essentiel. Elle nous a avoué plus tard qu'elle avait bien remarqué les tas d'ordures en flamme et les militaires armés à tous les carrefours mais que ça ne l'avait par inquiété plus que ça. Elle doute de rien ! Elle a quand même commencé à s'inquiéter quand elle est arrivée devant un barrage dressé par des émeutiers. Elle a finit de prendre conscience de la situation quand ils lui ont caillassé sa voiture. Ils ont dût leur salut à l'école des sœurs de Saint Joseph qui les ont accueillit pour la journée.

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Loin de là, ma journée suivait son cours, j'avais mon inventaire mensuel à faire et ce n'était une partie de plaisir. Enfermée dans l'arrière pharmacie je dois bien avouer que je n'avais pas vraiment conscience, moi non plus, de la situation. C'est les coups de feux derrière la clôture du dispensaire qui m'ont tiré de ma tâche.

J'ai demandé au gardien de fermer les grilles et de ne laisser entrer personne.

« Vous avez peur, madame ? »

« Non, j'ai pas peur, je veux juste rester en vie » Il m'a prise pour qui.

En fait, j'avais quand même un peu peur, j'ai d'ailleurs laissé un message sur le répondeur de ma mère pour lui dire qu'il y avait une émeute, que j'avais peur mais qu'il ne fallait pas qu'elle s'inquiète. Ma prochaine mission : la diplomatie !!!!

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Dans la cour, pendant que je sécurisais les accès j'ai croisé ma colocataire qui voulais que je fasse une photo d'un prématuré de 1,400Kg qui venait de naître à la maternité.

Quand je suis rentré dans la salle de travail, il y avait encore deux femmes en plein travail. La sage femme m'a dit : « Va mettre tes gants, le bébé arrive ». J'ai tourné la tête pour dire à Anna que je rester assister au deuxième accouchement, quand j'ai regardé de nouveau la tête était là. Le temps que je trouve une paire de gant, le bébé était né et le cordon coupé.

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Je n'ai même pas eu le temps de me poser des questions existentielles : Suis capable d'assister à un accouchement sans tourner de l'œil, est-ce que ça va ma traumatiser pour mes accouchements futur, la pudeur, la légitimité de ma présence pendant un moment aussi intime, bref toutes les questions que j'ai le temps de me poser en France. Ici, de toute façon on à pas le temps de se poser des questions.

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Je ne peux même pas vous dire ce que j'ai ressentie, je n'ai pas eu le temps de ressentir quoique ce soit. C'était un peu comme à la télé.

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Après ça, nous sommes rentré à la maison par une route sûre qui passe juste à coté de la maison. Nous somme rentré juste à temps pour voir le fils du propriétaire hisser les couleurs.

Le propriétaire est consul honoraire de Slovaquie et notre maison est en fait l'annexe du consulat de Slovaquie. Quand l'ambiance est tendue, le propriétaire hisse le drapeau Slovaque dans notre jardin pour protéger le bâtiment.  C'est vraiment la classe, et ça nous a donné des idées. On va hisser nos drapeaux nationaux à tour de rôle.

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En fin de journée, j'ai eu ma mère au téléphone, elle était morte de trouille. Pardon maman, la prochaine fois j'appellerais mon père qui ne s'était pas du tout inquiété, vivre en Corse depuis 60 ans ça aide à relativiser.

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Je crois qu'objectivement, on peut dire que ce n'était pas une journée ordinaire.

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PS : Pouvez vous me faire passer un drapeau français et un drapeau corse

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