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Coup d'arrêt aux magouilles

Au cours de notre discussion animée de la veille le père Roberto m'avait donné un conseil très avisé. Un conseil issu de sa propre expérience de chasse à la corruption dans sa paroisse. Quand il y a un circuit cherche quelles sont les personnes qui sont à deux endroits du circuit en même temps.

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C'est avec ce conseil de je suis partie travaillée ce matin. Comme je serai en congé demain et que j'avais beaucoup de boulot, je n'avais pas l'intention de partir en chasse même si la situation me pesait.

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Quand j'ai vu Dalassou, le brave Dalassou à la fenêtre de la pharmacie à une heure à laquelle il ne doit pas être, puisqu'il travail à la nutrition, j'ai été interpellée.

Je n'avais pas le temps de m'en occuper parce que je partais à la nutrition pour faire le stock. Mais quand je suis arrivée à la nutrition j'ai vu Dalassou regagner son poste et sortir un carnet plein de médicaments de sa poche et le remettre à un patient.

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-Dalassou !!!!

-Oui ?

-Donnes moi ce carnet et suit moi. Monsieur suivez moi aussi.

Quand Dalassou lui a parlé en dialecte, je lui ai interdit de parler. J'ai emmené le patient dans le bureau de la direction et j'ai demandé à Dalassou d'aller chercher Ana.

Le patient nous a balancé tout le circuit. Dalassou rabat les malades sur Daniel qui fait une consultation sans ticket. Après payement de la main à la main, Dalassou emmène le carnet jusqu'à la pharmacie où il est servit par Jeanne et Dalassou ramène le carnet à la nutrition où il remet le carnet et les médicaments au patient. L'argent est alors partagé entre Dalassou, Daniel et Jeanne. Le patient paît 12 000Frs alors que la consultation est à 10 000Frs et le dispensaire ne perçoit rien.

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Ce n'est pas eux que je voulais avoir. Dalassou il rembourse un important prêt qu'il a contracté pour l'enterrement de son fils au mois de décembre. L'enfant  de dix-huit mois était tombé dans une fausse sceptique, nous étions tous à l'enterrement.

Jeanne, j'ai accepté de la prendre à la pharmacie parce qu'elle est séropositive et qu'elle ne peut plus travailler à la maternité.

La femme de Daniel est en train de mourir d'un cancer du sein parce qu'il n'y a pas de chimiothérapie dans ce pays. La plus part avaient déjà un avertissement pour malhonnêteté, ils seront licenciés parce que nous ne pouvons pas accepter ça.

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Accablée parce qu'il allait falloir prendre des sanctions, je suis retournée à pharmacie et c'était Mariama qui était à la fenêtre. Elle non plus n'avait rien à y faire. Je me suis postée dans la cour et je me suis donnée une minute d'observation avant d'aller faire le stock de la maternité. En moins de trente seconde j'ai vu un homme donner un lot de carnets sans tickets à Mariama et Mariama les donner à Jeanne. J'ai intercepté les carnets, j'ai appelé les patientes et je les ai convoquée dans mon bureau. Quatre nouvelles dépositions impliquant un gardien, un médecin, une infirmière, Mariama et Jeanne. Cette fois-ci, non seulement le dispensaire était volé puisque l'argent n'allait pas dans nos caisses mais en plus ces pauvres femmes avaient payée le double du prix de la consultation, 10 500Frs au lieu de 4 000Frs

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Quand je suis sortie du bureau, il y avait l'infirmière qui m'attendait pour me donner des explications sur la situation. A côté d'elle il y avait une femme que j'avais rencontrée mardi. Une réfugiée libérienne qui mariée avec un sierra-léonnais dans un camp de réfugié de l'est du pays. Son fils de deux ans a les deux pieds bots. Elle a fait tout le voyage jusqu'au dispensaire, 1000 Km, pour son autre fils de huit ans qui avait une bronchite. J'avais passé un coup de téléphone à Terre des hommes pour qu'ils tentent de faire opérer l'enfant aux pieds bots en suisse. Elle venait me dire qu'elle avait eu un rendez-vous avec le médecin de TDH et que le dossier était en cours.

Ca m'a fait du bien de la voir, l'infirmière insistait et comme j'ai sentit que je ne m'en débarrasserai pas je l'ai laissé parler. Elle était au bord de l'hystérie.

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-Il faut que je te parle absolument, tu as mal compris pour les carnets

-Tu vois, c'est pour elle que je suis là. Pour aider les gens comme elle pas pour jouer au gendarme et aux voleurs.

-Quoi ?

-Rien

-Tu as mal compris pour les carnets, il y avait les tickets mais les tickets sont tombés et c'est pour ça que tu ne les as pas vu. C'est la faute des patients, ils n'ont pas fait attention mais je t'assure, il y avait les tickets. C'est parce qu'ils sont tombés.

-Joséphine !

-Oui ?

-Je te rassure, les tickets ils n'ont jamais était dans ces carnets.

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Je crois qu'elle n'a pas compris que j'ironisais parce qu'elle est partie plutôt contente de la conversation et carrément moins hystérique.

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Comme je n'avais pas eu le temps de servir la dotation de la nutrition j'avais demandé à Felix de le faire.

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-Awa m'a dit de sortir trois sacs.

-Trois sacs pour un jeudi, c'est un peu beaucoup.

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-Awa, je peux savoir pourquoi tu as fait sortir trois sacs à Felix ?

-...

-Allez, on remballe le sac et le bidon d'huile.

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Quand j'ai raconté ça au comptable il m'a expliqué qu'en ce moment le service nutrition faisait payer les sachets de CSB offert par le PAM (Programme Alimentaire Mondial) et destinés aux enfants malnutris sévère. 5 000Frs le sac, une fortune pour celle qui n'ont pas de quoi nourrir leurs enfants.

« Je m'en occuperai un autre jour. Sept licenciements pour aujourd'hui ça suffira ». Et puis Awa c'est elle qui me remonte le moral quand j'ai des coups de cafard. Je m'en occuperai lundi.

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Après le stock de la maternité, quand tout le monde est partit il me restait à faire le stock de la consultation prénatale, je me suis endormie sur la table  au milieu des cornets de médicaments.

Ce n'est pas facile de faire respecter la loi dans un pays ou le mauvais exemple a été donné par le chef de l'état en personne.

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