Tout à l'heure Rose et Nathalie sont venues se plaindre de l'ambiance du dispensaire. Elles ne supportent plus mes magouilles de leurs collègues, elles veulent que ça cesse.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Quand on sait à quel point Rose et Nathalie magouillent, ça nous donne une idée de l'ampleur du problème. Nous sommes accablées, nous les surveillons toute la journée comme le lait sur le feu. Nous avons mis en place des systèmes de contrôles et de surveillance mais ils continuent. Nous avons essayé de les responsabiliser, nous leur payons des primes pour les inciter à être honnêtes. Rien y fait, j'ai même l'impression que ça augmente.
<o:p> </o:p>Nous sommes découragées. En sortant du dispensaire Marie à dit : « Là, maintenant, tout de suite, j'ai envie de rentrer chez moi et de les laisser à leur corruption. »
Elle n'était pas seule à vouloir entrer chez elle. A quoi bon !
Notre présence ne sert à rien, ils se jouent de nous.
<o:p> </o:p>Comme c'était le mercredi des cendres nous sommes allées à messe. Pendant que nous attendions religieusement notre tour pour l'apposition des cendres nous avons entendu crier au fond de l'église. « Mama », c'était Mohamed Lamine qui s'est jeté dans mes bras. Comme d'habitude il a finit la messe endormi sur mes genoux. 0 la fin de la messe son oncle m'a expliqué qu'il avait beaucoup pleuré la veille parce que je n'étais pas venue depuis une semaine. Quand je suis partie, il a recommencé à pleurer. Assis sur les marches de l'église il a repoussé son oncle qui voulait le consoler.
<o:p> </o:p>Comme c'était mercredi je suis restée avec le père Roberto pour discuter. Je lui ai dit que j'étais découragée et que ça ne servait à rien que je me sacrifie pour rien. Je refuse de me sacrifier pour des gens qui laissent mourir les enfants sur les paillasses et d'autres qui rackettent les plus pauvres.
-Et vous n'êtes jamais découragé vous.
-La seule fois où j'ai vraiment été découragé, c'est le jour où j'ai découvert que mes prêtres étaient menteurs, voleurs et que je n'y pouvais rien. Ce jour là moi aussi, j'ai eu envie de rentrer chez moi.
-Je crois que le plus difficile c'est que ce soit nos plus proches collaborateurs, on se sent trahi par ceux en qui on a le plus confiance. Comment vous faîtes maintenant pour travailler avec eux ?
-Je travaille tout seul.
-Vous croyez qu'il y a de l'espoir pour ce pays ?
-Oui, regarde Mohamed Lamine. Pour une raison que j'ignore il est très attaché à toi. A chaque fois que j'arrive à Saint André il me demande : « Mama ? Mama ? » Quand il a pleuré tout a l'heure, c'était de véritables larmes parce qu'il était sincèrement triste que tu partes. Un enfant, c'est toujours un espoir. Et puis, je suis là moi aussi.
<o:p> </o:p>Un vieux curé et un enfant d'à peine cinq ans, voici mes deux remparts contre le découragement de la corruption.