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Extreme limite

Je ne le dirais jamais assez : une journée qui commence par une urgence pendant la louange est une journée de merde. Si l'enfant meure, c'est une journée de grosse merde.

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Il avait cinq ans. Quand sa mère l'a donné à Ana, même moi j'ai vu qu'il était mort. Ses yeux ouverts dans le vague, asséchés comme des marais. C'est à ça que ça ressemble les yeux d'un enfant mort, ça ressemble à une rivière asséchée, deux lacs noirs et profonds desquels on aurait retiré l'eau. Ses membres étaient déjà raides, nous l'avons redressé pour l'allonger. Nous avons posée nos pouces sur ses paupières pour fermer définitivement ses grand lacs noirs. Comme par habitude Ana a enveloppé les pieds et moi, j'ai couvert son visage.

Quand la mère a hurlé je l'ai accompagnée dans la cours. Elle s'est effondrée plusieurs fois et à chaque fois je m'effondrais avec elle. Les femmes qui attendaient paisiblement se sont attroupées pour crier elles aussi d'effroi et de douleur. Un rite étrange mais que je respect : Ces femmes qui ne connaissent ni la mère ni l'enfant et qui pourtant se frappent la poitrine et qui pleurent toutes les larmes de leur corps. Pudiquement, je les ai laissées.

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En milieu de matinée, je me suis encore disputée avec le dragon de la pharmacie. Elle tenait absolument a ce que sa nièce, grippée, fasse des cornets de médicament.

1-Je suis contre le travail des enfants.

2-Faire faire des cornets de médicaments à un malade c'est contre toutes les règles d'hygiène.

Voyant la journée mal partie, je suis allée pleurer dans la salle de stock du CSB. J'ai appelé ma mère et j'ai pleuré, pleuré et pleuré. Awa est venue me demander ce qu'il m'arrivait

-Un enfant est mort ce matin, Anne est repartie en Belgique et je me suis encore disputé avec Marie-Louise.

-Ah ! Marie-Louise, elle est vieille mais elle est méchante. C'est normal, c'est sa race.

-Je ne sais pas si c'est son ethnie mais c'est vrai que je m'entend mieux avec les peulhs.

-C'est normal, c'est l'éducation. On nous apprend à respecter les autres. Si quelqu'un te dit qu'il est peulh et qu'il ne te respect pas c'est parce que son père est peulh mais sa mère ne l'ai pas.

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A mon retour à la pharmacie j'ai dit à Marie-Louise que je n'avais pas le cœur à jouer au chat et à la souris que sa nièce devait sortir immédiatement de là.

-Si c'est comme ça je pars aussi

-Et bien, très bien pars aussi, ça me fera des vacances.

Je crois qu'elle aurait préféré que je lui demande de rester. Grâce à son départ la fin de la journée de travail été un vrai bonheur. Les deux autres pharmaciennes étaient de très bonne humeur, nous avons blagué et elles m'ont appris à parler leur langue.

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En fin de journée nous avions prévu d'aller manger une glace mais avant je devais retourner à la prison refaire le pansement d'Ousman.

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Quand je suis arrivée devant la P6, les sœurs de la charité, les copines de mère Térésa, était en train de distribuer les gamelles de riz. Je les ai salué, je suis rentrée dans la cale et elles sont parties.

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Je m'étais juré que jamais, au grand jamais je ne rentrerai dans une cale sans le père Roberto.  J'avais enfreins cette règle déjà deux fois cette semaine pour faire ce maudit pansement. Aujourd'hui, j'ai traversé la limite de l'enfer, j'y suis rentrée et ce que j'ai vu personne ne devrait le voir. Ils étaient tellement fous qu'ils n'ont même pas vu que j'étais là. J'ai joué avec les limites et j'ai perdu. Derrière cette porte cadenassée le diable m'attendais, l'enfer vous dis-je. Un enfer où je connais chacun des martyres, un enfer où je soigne toutes les semaines chacun des martyres. Je n'avais jamais vu un tel déchaînement de violence. Ils ont frappés, frappés et frappés encore. En voulant se protéger un prisonnier m'est tombé dessus, en m'entraînant dans sa chute il m'a luxé l'épaule. J'ai rapidement bandé Ousman, mis un bout de sparadrap et je suis partie en courrant.

C'est à la sortie de la prison que je me suis rendue compte de mon état. Comme c'est ma troisième luxation je commence à avoir l'habitude. J'ai ramener la voiture jusqu'au centre ville et j'ai rejoint Ana.

-Ca va ?

-J'ai l'épaule luxé.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Si je te le raconte maintenant je m'écroule...

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Plusieurs fois dans la soirée j'ai essayé de raconter mais les mots sont restés dans ma bouche.

Je n'ai pas réagit sur le coup pour m'a sécurité et pour ne pas mettre en péril ma mission auprès de ces malheureux. J'ai appelé la Croix Rouge pour témoigner de ce que j'ai vu. J'irai à la délégation de la Croix Rouge mercredi, j'espère que d'ici là j'aurai retrouvé la parole.

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