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Retour à fauté tah 

Dommage pour le week-end on oubli tout et on se repose. Nous avons abandonné les sœurs à leurs prières et nous sommes redescendu sur la capitale pour préparer le départ du directeur.

Comme je n'était pas vraiment d'humeur à me faire arrêté pour délit de sale gueule, nous avons réciter un maximum de « Je vous salue Marie » à l'approche de chaque check point. C'est ce que nous aurions dut faire à l'aller. Ca nous aurait coûté moins cher.
Nous avons redéposé Hélène dans son couvent au retour, 14 kilomètres de piste défoncée merci du cadeau et nous sommes enfin arrivé dans la capitale.

C'est étrange comme je me sens plus en sécurité dans la capitale. Parce que nous trouvons toujours quelqu'un qui connaît le dispensaire et que nous sommes moins racketté.

Nous sommes passées à l'hôpital pour prendre quelques consignes auprès du directeur et nous avons aidé sa femme à faire les valises. Faire ses valises avait un air de déjà vu mais cette fois si elle affirmait avec moins de convictions qu'elle reviendrait. Je l'ai sentie plus indécise sur un éventuel retour. « Retour à fauté tah », nous en avons tous rêvé mais pas dans ces conditions. Rentrer à la maison, voir ma famille, mes amis j'en rêve moi aussi mais je sais aussi que je ne serais pas capable de revenir ici, alors je comprends qu'elle ne veuille pas revenir et je comprends qu'elle ne veuille pas me le dire.

Cet aéroport est le seul aéroport du monde où l'accès à la salle d'embarquement est interdit aux accompagnateurs. Plus exactement si tu es accompagnateur et que tu es noir tu peux passer, si tu es blanc tu dois rester sur le parking ou payer. Encore une fois je me suis énervée : « Marre d'avoir un billet de cinq cent euros tatoué sur le front et donc d'être rackettable sous n'importe quel motif. Je suis blanche mais je vis de pauvreté, foutez vous ça dans le crâne une bonne fois pour toute. »
Le journaliste m'a retenu en me disant qu'il ne fallait pas réagir comme ça, que je m'épuiserai avant eux et que je n'étais plus dedans.
« Non, je ne suis plus dedans parce que en moins d'un mois, j'ai perdu l'homme que j'aime, le président est mort, il y a eu un coup d'état, que j'ai passé la nuit de Noël a avoir peur pour ma vie, que j'ai évacué avec dix compagnons de galère et que nous ne sommes rentré qu'à sept et qu'aujourd'hui nous ne sommes plus que trois. »
« Non, je ne suis plus dedans parce que mon ONG n'a même pas eu la décence de nous appeler pour savoir comme nous allons, que tous les samedi je prie pour que les hommes dont je m'occupe ne soient pas mort de faim le samedi suivant et que je me bas contre les moulins a vent d'un pays qui s'enfonce. Je nage à contre courant mais ce pays m'entraîne avec lui. Je me noie et les bouées auxquelles je pourrai j'accrocher partent toutes pour fauté tah.

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