Le 31 décembre, pour nous redonner du baume au cœur nous allons à la messe du père Roberto. Quelle joie de le revoir, une joie a peine voilée par l'amertume. Comme toujours dans ce pays le pire côtoie le meilleur, la fin de la messe est une véritable explosion de joie, les choristes s'enflamment et nous font vivre un moment comme on en rêve tous en venant en Afrique
Toute l'église s'embrasse en chantant et dansant le bonheur d'être ensemble.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Nous passons le réveillons avec les choristes en mangeant le traditionnel riz poulet et en chantant tout notre répertoire. Qui m'aurait dit qu'un jour je passerais le réveillons et chanter des louanges au fin fond de l'Afrique.
<o:p> </o:p>Mais ce matin rien à faire, l'amertume est toujours là. Au loin les militaires du camp Alpha s'entraînent en tirant. L'homme que j'aime a passé le réveillon avec une autre, l'une de mes anciennes collaboratrices a trouvé l'Amour sur Internet, ma meilleure amie passe un week-end en amoureux à Tokyo et moi je me demande ce que je fous là au lieu de fêter la nouvelle année avec la promesse de trouver le grand Amour dans l'année.
<o:p> </o:p>Ce que je fais dans ce pays pouilleux ? Il parait que je réalise le rêve de chacun, que j'ai le courage que peu ont et que Dieu me le rendra au centuple.
<o:p> </o:p>Je trouve la force de passer un coup de téléphone : « Nous sommes jeudi, j'arrive » et je me glisse dans un taxi bondé de militaires armés.
<o:p> </o:p>Quand je suis arrivée chez le père Roberto avec ma bouteille de Domaine Marengo, ma demie coppa et mes idées noires, je savais que j'allais être bien reçue, il faut dire qu'il n'avait pas trop le moral lui non plus.
<o:p> </o:p>Il a parlé deux heures et demie et je l'ai écouté sans être convaincue, il a parlé de charité, de vie éternelle, d'espoir et de don de soi. Je lui ai demandé à quel moment je serais récompensée, parce que pour l'instant je voyais beaucoup de sacrifices et pas beaucoup de fruits. « Dans trois mois, dans dix ans, à ma mort ou au jugement dernier, j'aimerais bien savoir, que j'arrête d'attendre. » Il m'a traité de païenne et m'a resservit un peu de muscat.
<o:p> </o:p>Le plus important m'a-t-il dit, c'est le renoncement : « Peu importe de renoncer à un peu d'argent quand on vit en Europe et que l'on en a beaucoup. Ce qui est important c'est de renoncer à l'essentiel. Ne pas passer Noël avec ma famille et le jour de l'an avec mes amis, voici le vrai renoncement... »
<o:p> </o:p>Je ne suis toujours pas convaincue, ce soir j'aurais voulu boire un peu de champagne, manger un macaron rose et serrer ma famille dans mes bras. Dire à mon neveu et à ma nièce combien ils me manquent et qu'à travers les enfants que je vois grandir ici, c'est eux que je vois.
<o:p> </o:p>Mais je suis ici et demain je retournerais au dispensaire pour trouver un sens à ma mission.
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