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Journée difficile 2

 

L'Afrique, c'est comme l'Europe il y a des jours où on passe une mauvaise journée, une journée qu'il aurait mieux valu ne pas vivre, où il aurait mieux valut rester bien au chaud dans lit en lisant Cosmopolitan. Aujourd'hui j'aurais préféré rester dans mon lit.


Pendant la louange, une pharmacienne du dispensaire est arrivée avec un enfant de sept mois qui convulsait, une petite fille. Dans ces cas, je dois aller chercher une boite d'urgence et fournir au médecin les médicaments dont il a besoin. C'était un neuropalud, la mère pleurait et je lui tenais la main. 60 000 enfants de moins de cinq ans meurent de neuropalud dans ce pays et visiblement la mère aussi connaissait les statistiques.


Le médecin autrichien est venu nous annoncer qu'il y avait un décès à la maternité donc, après l'injection de quinine, la médecin chef est partie et je suis restée avec la mère pleure et la petite en état de choc. La situation était quand même bien plus compliquée que de gérer des stocks, alors j'ai mis un linge humide sur le corps de la petite et petit à petit elle est sortie du coma. Sortie du coma, ça ne veut pas dire sauvée.


Finalement, il n'y avait pas de morte à la maternité, juste une sage femme qui ne viendrait pas parce qu'elle avait eu un décès dans ça famille. Ca m'énerve qu'ils n'y comprennent rien les autrichiens. Pendant le reste de la matinée, j'ai réparé des pèses bébé et vérifié qu'un enfant qui avait les cheveux lisse n'était pas malnutrie. Les cheveux lisses chez les africains c'est un signe de malnutrition. Finalement, l'enfant allait bien et j'ai pu continuer à compter mes boites de médicaments. J'ai d'ailleurs découvert que j'ai en rupture de Nivaquine. Zut alors !


Ha oui, j'allais oublié je suis aussi rentré chez moi pour récupérer des pains de glace parce que le congélateur du dispensaire n'avait pas congelé les pains de glace du service vaccination. J'ai aussi assisté l'un des médecins, un chirurgien membre du conseil de surveillance du dispensaire venu avec la délégation de l'ONG, pendant qu'il opérait une petite fille de quinze jours d'un abcès au sein et à l'abdomen. Je lui ai donné de l'eau sucrée et elle n'a pas bronché.


Vers 12h, les représentants de l'ONG, ont décidé de partir à la prison centrale. Ca fait 15 ans que les coopérants du dispensaire vont à la prison mais les nouveaux arrivants ne sont pas très motivés. Sauf les autrichiens qui y sont allé avec leurs enfants de quatre et un ans.. Décidément, ils sont vraiment à côté de la plaque, depuis qu'on leur à interdit d'y aller en famille, il n'y vont plus. Comme le père Roberto avait fait un super sermon sur le service aux autres et que personne ne voulait y aller, je me suis portée volontaire pour aller visiter la prison et bien sûr les prisonniers.


Nouvel exercice d'imagination collective : Imaginez le pire des prisons colombiennes, thaïlandaises et staliniennes, rajoutez y les corps décharné des films sur les camps de concentration, revoyez midnight express, le tout en odoramma et vous aurez une image relativement proche de la prison centrale. Et pourtant, c'est une prison modèle, celle où toutes les ONG vont. En fait elles ne visitent que la première cours qui il faut le dire est proprette et où les prisonniers, les caïd, sont à peu près bien nourrit.


Comme nous sommes des vieux de la vieille, nous avons eu le droit à la visite complète.

Nous sommes allé dans toutes les cellules, y compris celle des enfants et celle des femmes (la mieux). J'ai dit aux responsables de l'ONG que je ne me sentais pas capable d'accepter cette mission. Ils m'ont très bien compris, il faut dire que pour nos responsables tout droit sortit du XVIème, ce n'était pas facile non plus. Au moment où j'allais partir en courrant un prisonnier, condamné à perpétuité qui fait office d'infirmier, m'a dit : « Tu sais quand les coopérants arrivent pour la première fois, ils sont tous choqués, certains vomissent mais après ça va mieux. Tu reviens quand ? » Bêtement, j'ai répondu « Samedi prochain, avec le père Roberto ». Stupide animal que je suis !!!!


Plus tard dans l'après midi, j'ai appris qu'il existe un organisme mondial, genre Haut Commissariat aux Réfugiés, qui s'occupe des prisons : le CICR. Il y a un gars, un français, qui est grassement payé pour établir un état précis des prisons du pays et de déclencher des plans d'urgence en cas de problèmes. Bon, ce n'est pas de ça faute, il n'a pas le droit d'aller dans les cellules, il doit rester dans la belle cours propre à l'entrée. Son ONG lui interdit d'avoir un contact avec les prisonniers, parce qu'ils sont porteur de gale.


Lundi, il faut que je l'appel parce que je pense, je crois, j'affirme que les fonds alloués pour nourrir les prisonniers, s'ils existent, sont détournés. Ou peut-être que c'est prisonniers sont très attaché à leur ligne ? Bref, je crois qu'il est grand temps de déclencher un plan d'urgence de nutrition dans cette prison.


De retour à la maison, nous avons une réunion sur le plan d'évacuation d'urgence du personnel européen en cas de grave crise politique. Et mon père m'a passé un petit coup de fil pour me dire que la Corrèze c'est vraiment une jolie région et qu'on y mange très bien. Merci Papa, ça m'a fait vraiment du bien.


Après une journée comme celle là, il me fallait un exutoire. J'ai pris mes baskets et je suis partie courir dans le bidonville à coté de la maison. C'était sympa, j'ai traversé deux égouts à ciel ouvert en imaginant que c'était des rivières et je suis rentrée m'occuper de mon canard.


Ne cherchez pas le rapport entre la photo et le texte, il n'y en a pas, je voulais juste mettre une photo jolie sur cette journée pourrie. Elle s'appelle Fatoumata-Binta, elle est en pleine forme et elle à tous ses vaccins à jour grâce au dispensaire.



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