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Juin 1944 en Normandie

Ca y est, je crois qu'on peut officiellement déclarer le mois de la guigne finit. Aujourd'hui un vent léger a soufflé sur le dispensaire. Pas d'urgence, pas de mort, pas de prise de bec, que du bonheur. A la fin de la journée je discutais dans la cours avec Ana lorsque nous avons vu arrivé un ivoirien tiré à quatre épingles :

-Bonjour, je suis médecin à l'ambassade des Etats-Unis. Nous avons fait une collecte de cadeaux pour les enfants pauvres. A cause du coup d'état nous n'avons pas pu les remettre à qui de droit alors nous voudrions vous en faire don.

-Bien sur, c'est très gentil a vous. Il faut que nous allions les chercher ?

-Non, je suis là avec trois officiers marines qui veulent vous les remettre en main propre.

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Avec Ana, nous nous sommes regardées avec un sourire irrépressible. Le médecin est allé chercher les officiers qui attendais à l'abri dans leur voiture blindée pendant que je courais prévenir la petite Marie et qu'Ana rangeait le bureau du directeur.

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Nous n'avons pas souvent l'occasion d'apprécier les créations de la nature mais là nous étions servi. De vrais marines comme dans les films. Grands, beaux et très bien élevés. Pour la première fois depuis mon arrivée un homme me cède la place. De vrais gentlemen. Nous préférions quand ils étaient devant nous, ça nous laissait tout loisir pour apprécier les résultats de l'entraînement abdos fessiers des USA. Au moment où j'allais bredouiller trois mots en anglais pour ne pas laisser la vedette à Ana, Solange un sage femme est venu me chercher pour une urgence à la maternité. Il lui fallait des gants de révision. J'ai fait ma livraison et je suis retourné souder les liens franco-américains.

Nous leur avons fait visiter le dispensaire en insistant bien sur le fait que nous étions seules à le gérer. Pour une fois que nous étions contente que le directeur ne soit pas là.

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Après la visite et la remise de cadeaux, nous les avons raccompagnés à la porte. Avant de nous dire au revoir, ils nous ont demandé si nous avions le droit de sortir et comment faire s'ils voulaient nous inviter à une « party »

« Just call !!! » Telle fut la réponse d'Ana. Elle que l'on soupçonne d'être une sainte ni touche est allée droit au but. Eux qui se demandaient si nous étions des religieuses, n'ont plus eu de doute à partir de cet instant. Elle aurait au moins pu avoir l'air d'hésiter. Nous sommes française que diable, on n'est pas des filles faciles.

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Je n'ai eu qu'une image en tête : Les petites infirmières françaises qui se pâmaient devant les marines en 1944. Je crois qu'ils étaient aussi contents de trouver trois frêles jeunes femmes à secourir.

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Ce soir en toute émoustillée, nous avons dîné avec le journaliste qui venait d'arriver. Il a vite compris qu'il ne faisait pas le poids avec les USA.

Au moment de commander, il m'a dit tu as raison de choisir les pâtes c'est une valeur sure. « Il n'y a pas de valeur sure dans ce pays ». J'ai renvoyé les pâtes à la carbonara parce qu'il n'y avait pas de lardons. Le chef m'a soutenu que les pâtes à la carbonara se faisaient comme ça : de la crème et un œuf et c'est tout. Après avoir très lourdement insisté, il y a ajouté du jambon. L'histoire aurait pu s'arrêter là si la sauce n'avait pas été faite avec du lait concentré sucré. Des pâtes à la carbonara sucées, voilà ce que j'ai mangé mais la journée avait été tellement bonne que ça ne faisait rien parce que je suis sure que le 4 juillet à l'ambassade des USA, on mangera bien mieux.

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