Les interview du journaliste ont commencés ce matin:
-Qu'est ce que tu fais en prison ?
-Je donne vingt minutes d'humanité à des hommes qui ont tout perdu. La plupart du temps, ils sont là pour un larcin minable qui ne mériterait qu'une tape sur les doigts : vole de portable, voles de tomates, dettes, dispute avec un voisin aisé,... Certains ont fait sept ans de prison sans même être jugé et ne connaissent pas la date de leur procès. Ils n'ont pas d'avocats et pas d'aide juridique. Ils ne reçoivent que trois poignées de riz lorsque les sœurs de la charité viennent les nourrir, trois fois par semaine. Le reste du temps ils mange une fois par jour une infâme bouillie claire. Ils sont torturés avant d'arriver en prison et continuent à recevoir des coups par leurs gardiens. Ils dorment à même le sol sur une vieille dalle crasseuse. A leur réveil ils ne savent pas s'ils ne vont pas trouver un de leurs compagnons d'infortune mort. Ils n'ont rien. Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir mais ils ne vivent déjà plus. Pourtant tous le samedi matin à 11h30 et pour vingt minutes, ils ont une petite missionnaire et un vieux curé qui viennent leur donner un peu d'humanité. Je soigne les bobos, je les regarde comme des êtres humains, je leur souris et je les fais rire. Voilà ce que je fais en prison, je leur donne juste vingt minutes d'humanité.
-...
-Depuis l'incident de la semaine dernière je n'y suis pas retournée. J'ai demandé au régisseur de leur dire que je reviendrais, que je prenais juste un peu de repos. Je ne sais pas s'il leur a transmis le message. Ce que je sais c'est que depuis moins accident, ils ont perdus leurs vingt minutes d'humanité.