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Juste après

 

Il y a une chanson de Jacques Goldmann qui s'appelle «Juste après ». Je vous conseille d'ailleurs d'aller voir le clip sur www.youtube.com. C'est l'histoire vraie d'une religieuse qui, dans un dispensaire de brousse, se bat pour qu'une enfant respire après la naissance. Dans cette chanson J-JG se demande : « qu'est ce qu'on peut bien faire juste après ».

Je connais cette chanson depuis près de quinze et depuis je me demande moi aussi, qu'est-ce qu'on bien faire après avoir aider un enfant à vivre...


Ce matin, j'étais dans l'une des salles de stock du dispensaire, habituellement, c'est une salle très calme et j'aime bien y aller quand j'ai besoin d'être seule. Mais ce matin j'y ai entendu un cri horrible. Comme ce ne sont pas les cris horribles qui manquent au dispensaire, je n'y ai pas fait attention, mais comme les cris s'intensifiaient et que j'en avais marre de compter mes boites, j'ai décidé d'aller voir ce qui se passait à la maternité, d'où provenaient les cris.

En fait il ne se passait rien d'anormal, une femme était en plein travail et comme elle avait mal, elle criait. Mais normalement, les femmes qui accouchent ici, le font dans la douleur mais sans émettre un seul cri. Quand je suis rentrée dans la salle d'accouchement avec un regard interrogatif la matrone de service m'a dit : « Celle là c'est une chèvre, elle ne fait que crier, c'est une peureuse, une paresseuse ».

Quand j'ai regardé la malheureuse, j'ai vu la peur, l'angoisse et la douleur. J'allais sortir par pudeur quand elle m'a tendu la main en m'appelant Tantie (madame). Suppliante, elle m'a appelée avec sa main.

J'ai hésité, parce que j'avais des boite à compter, parce que je n'avais pas envie de la voir souffrir, parce que je n'avais pas bu de coca ce jour là, parce que j'avais des menhirs à livrer, parce que, parce que, parce que...

« Tantie, tantie, ... Taaaanntie » A la contraction suivante je lui ai attrapé la main pour ne plus la lâcher pendant une heure et demi.

Il y avait d'un côté la matrone qui la rabrouait et de l'autre la pauvre jeune femme, jeune fille, complètement exsangue qui me serrait la main. Je ne serais pas dire laquelle de nous deux était la plus paniquée. Nous nous accrochions chacune au regard de l'autre pour ne pas perdre pied et la matrone hurlait. Soudain, j'ai vu dans son regard que la matrone paniquait aussi : « J'ai peur pour le bébé ». Ca faisait beaucoup trop longtemps que l'enfant était dans le bassin.

Une autre matrone est venue nous prêter main forte et nous avons vu apparaître une touffe de cheveux. J'ai rassuré la mère et nous nous sommes toutes sentie soulagée. Mais le répit a été de courte durée, car pendant quinze minutes, nous n'avons vu que cette petite touffe de cheveux. La matrone m'a fait une grimace de désespoir, quand son assistante à dit « Jésus, Marie, Joseph », j'ai compris qu'il s'agissait autant de la vie de l'enfant que de la mort de la mère. Il faut dire que deux jours auparavant une femme était morte dans les mêmes conditions à son arrivée à l'hôpital.

J'ai pris la deuxième main de Kaliatou, l'assistante s'est mise sur son ventre, la matrone a pris son kit de chirurgie et nous avons toutes prié...


Quand l'enfant est née il avait le visage bleu marine et son cordon autours du cou. Je n'ai plus regardé Kaliatou, je n'ai pas quitté l'enfant des yeux. Respires ! Cris ! Vis !


Après quelques gestes mécaniques de la matonne, il a émis pu faible cris, un miaulement. J'ai souris à Kaliatou, « c'est un beau garçon, bravo Maman ! »


Je ne sais pas comment finit la chanson, je ne sais pas ce que la religieuse à fait. Kaliatou m'a embrassé la main, la matrone à remplie un fiche, son assistante à lavé le bébé et moi je suis retournée compter mes boites.

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