Je l'ai déjà dit, une journée qui commence par une urgence pendant la louange est une journée difficile. Aujourd'hui n'a pas échappé à la règle, une petite fille est arrivée brûlée sur 40% du corps. Nous n'avons pas les moyens de traiter de telles blessures, nous sommes obligés de les envoyer à l'hôpital...
L'hôpital c'est quitte ou double. Même si les soins sont théoriquement gratuits, les médecins font payer les anesthésiants, les gants stériles et les draps. Si le patient ne paye pas, les actes gratuits je le rappelle, ils ne sont pas opérés, peu importe que l'opération soit vitale. Comme nos patients sont très pauvres, souvent ils meurent dans un couloir de l'hôpital par manque de soins.
En fin de journée la responsable de la nutrition est venue me voir :
-Tant de souffrance chez un enfant si jeune, ça ne devrait pas exister. C'est horrible à dire mais la mort serait une délivrance.
Il y a un mois elle avait référée une petite fille de quelques jours qui était modérément dénutrie. L'enfant avait également, se souvient le médecin chef, des petits boutons sur le crâne, une légère dermatose. Pendant plusieurs jours elle a errée avec ses parents entre le service nutrition et le service dermato de l'hôpital, aucun ne voulant la prendre en charge parce qu'elle était indigente. La malnutrition s'est aggravée et les lésions cutanées aussi.
Les parents à bout d'argent l'ont emmené chez le médecin traditionnel qui a procédé à l'ablation du pavillon de l'oreille qui s'était totalement nécrosé.
Ce matin quand elle est revenue au dispensaire, son crâne était une gigantesque plaie purulente et odorante. Malnutrie sévère, ses jours sont comptés. Comme nous n'avons pas les moyens de la soigner nous avons été obligé de la référer de nouveau. C'est la responsable nutrition qui l'a emmené directement à l'hôpital pour être sûre qu'elle soit prise en charge.
La semaine dernière la sœur d'une des employée du dispensaire est morte parce qu'elle n'a pas pu payer les médicaments pour sa césarienne. Arrivée en plein travail le vendredi soir au dispensaire, elle a été immédiatement référée. Ils l'ont laissé dans un couloir tout le week-end parce que la famille tardait à trouver l'argent. Le cœur du fœtus a cessé de battre le samedi soir et la mère est morte le dimanche après-midi. Pourtant, ils avaient les moyen des les sauver tout les deux. C'est la logique de la corruption poussée à son paroxysme.
Pourtant nous continuons à référer parce que nous n'avons pas les moyens de les prendre en charge et parce que nous ne pouvons pas nous substituer au gouvernement.
Que la vie soit dure, c'est une chose mais qu'elle soit injuste...