Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Alleluia

 

Je n'y croyais plus, je vivais au jour le jour la lente agonie de ma pharmacie. Quotidiennement je rationnais le peu de comprimés disponibles. J'envoyais nos patients acheter leur médicaments dans une pharmacie alors que je savais très bien qu'ils n'en avaient pas les moyens. Chaque matin était un déchirement lorsque je ne sortais qu'une demi boite de chloroquine alors qu'il en aurait fallut deux. Mais à présent le cauchemar est finit. Mon container de médicament est arrivé !!!!!


Le container a pris deux mois et demi de retard parce qu'à cause de mondialisation les containers qui partent de Rotterdam pour l'Afrique sont déchargés à Tanger et rechargés sur des bateaux différents. C'est dommage que la mondialise arrange toujours les mêmes et pénalisent les autres. Ils n'ont pas bien compris mes patients quand je leur dis qu'il fallait patienter avec leur paludisme parce que la mondialisation avait décidé qu'il fallait que leur container se passe quelques jours à Tanger.

Depuis quinze jours il y a eu l'épisode où je suis allée au ministère de l'hygiène et où je suis partie comme une voleuse sans payer de bakchich. Puis il y a eu le passage chez le transitaire où draguée par la moitié du bureau j'ai dû dire que je travaillais pour une mission catholique et donc que j'étais à moitié bonne sœur. Et depuis une semaine un gars au bout du fil me faisait languir de jour en jour. A bout de nerf, hier je lui ai dit que si je n'étais pas livré je viendrais moi-même cherche ces p... de médicaments. Il m'a donné rendez-vous pour aujourd'hui 12h


Ce matin, tout le dispensaire m'a encouragé. Avec les filles de la pharmacie nous avons même récité un « Je vous salut Marie » et mis les médocs sous la protection de la Très Sainte Vierge. J'étais quand même pas très convaincue d'arrivée à mes fins.

Taxis collectif qui me laisse à l'autre bout de la ville, je me perd dans un quartier glauque. Une dame m'indique un raccourci en passant par l'ancienne gare désafectée. Passage par la gare, très sympa mais ne dites pas à mes parents que je passe par des endroits comme ça. Finalement arrivée chez le transitaire...

-Bonjour, j'ai rendez-vous. Je viens chercher mes médicaments.

-Ah ! Oui vous avez rendez vous avec Jo mais le camion est partit en livraison. Il ne reviendra pas aujourd'hui. Ou ce soir très tard.

-Je vous préviens je ne quitterai pas votre bureau sans mes médicaments.

-Mais Jo est partit. Peut-être en fin de semaine.

-Je vous préviens, je suis fatiguée parce que je ne dors plus la nuit à cause de ces médicaments. Je n'ai plus de chloroquine depuis une semaine, plus de gant en latex depuis ce matin et plus de fil de suture pour la maternité. Je fais comment avec les épisiotomies je les fait patienter. Si je n'ai pas les médicament aujourd'hui je ferme le dispensaire et je m'en fout les pauvres il iront mourir ailleurs.

-Bon, bon. On va demander à Jo de revenir et à Condé chauffeur de vous accompagner avec son pick-up.

Dix minutes plus tard, me voici partie avec Jo et Condé chauffeur au port à la recherche de mon container. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au fond d'un hangar immense mais vide une palette avec 71 petits cartons. Ma commande ????

C'était bien ça ma commande tenait sur une palette. Quelle déception.

Pour charger les cartons dans le pick-up de Condé chauffeur il a fallut compter les cartons et pour que les cartons ne partent pas dans tout les sens au sens propre comme au sens figuré il a fallut que je fasse usage de mon plus elle organe : ma voix.

Je les aime bien quand même, il faut crier de temps en temps mais ils sont super. Les dockers étaient très contents de donner un coup de main pour le dispensaire et moi j'étais toujours aussi stressée. J'avais peur qu'un carton disparaisse.

A la fin du chargement Jo est partit devant pour passer la douane. Il ne fallait pas que je montre mon petit nez blanc. J'en ai profité pour faire une photo au nez et à la barbe des cinquante militaires présents. Il faut dire que vu l'état du port il doit y avoir des secrets technologiques à protéger ou de l'armement même pas nucléraire.

Ce n'est qu'à la sortie du port, après les barrières, au rond point qu'un militaire s'est réveillé et nous a demandé un bakchich. Vous imaginez bien que nous n'en avons rien fait.

Sur le trajet, toujours aussi stressant à cause des risques de braquage, Condé chauffeur à eu la bonne idée de s'arrêter faire le plein et regonfler ses pneus. Il aurait du faire du tourisme aussi puisque nous avions le temps...


Et enfin, les médicaments sont arrivés au dispensaire. Les filles étaient rassemblée à l'entrée et m'attendaient. Je n'ai pas résisté à l'envie d'improviser une petite danse et de chanter mon chant africain préféré :

« Mon Papa et fidèle, il ne m'abandonne jamais. Je suis dans la joie, une joie immense. Je suis dans l'émotion car Yahvé m'a libéré »

C'est un chant qui doit se voir autant que s'entendre. Je vous ferai une démonstration à mon retour.


En fin de journée nous avons fêté ça avec une bière. Cependant la commande semble bien maigre, je suis inquiète car j'ai trouvé des erreurs dans les stocks. Je pense vraiment que la commande sera trop juste pour tenir six mois. Dans six mois il va falloir recommencer.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article