Hier je suis allée à la Croix Rouge pour une réunion sur la prison. J'y ai rencontré le médecin qui est censé encadrer le médecin de la prison. Il n'était pas vraiment content que je sois obligée de faire des soins parce que les prisonniers ne sont pas soignés. En fait ce lui le gênait plus exactement c'est que je dise haut et fort que les prisonniers ne reçoivent pas de soins alors que lui et le médecin de la prison sont payés pour le faire. Il m'a quand même appris que dans la prison on disait que j'avais été agressée par des prisonniers.
Après la réunion j'ai rencontré la responsable du CICR. Je lui ai raconté ce que j'avais vu, ce qui m'était arrivé et je lui demandé conseil sur la suite à porter à l'affaire.
Sur ses conseils je suis allé voir le régisseur cet après-midi. Je lui ai expliqué qu'à mon arrivée dans la cale j'avais salué le garde et que je lui avais demandé l'autorisation d'entrée. Les sœurs de la charité distribuaient leur riz aux prisonniers les plus mal en point. Après le départ des soeurs alors que je finissait le pansement, le gardien est entré dans la cale, a retiré sa ceinture et s'est déchaîné sur les pauvres prisonniers. Deux d'entre eux pour échapper aux coups m'étaient tombé dessus et m'avaient entraîné dans leur chute. C'est là que je m'étais luxée l'épaule. Effrayée j'avais ramassé mes affaires et j'avais sauvé ma peau en sortant le plus vite possible de la prison. Je n'ai pas utilisé le mot déchaîné, je suis restée diplomate, j'ai parlé de coups. Soyons clair : Les mauvais traitement des prisonniers existent partout dans le monde et particulièrement dans cette prison. Etre trop véhémente à ce sujet c'était risquer de ne plus pouvoir assister les prisonniers. Cependant, ma sécurité avait été mise en jeux et je ne pouvais pas retourner y travailler sans m'assurer que je ne risquais rien.
Le régisseur a réunit les gardiens et les capos, voici la teneur de son discours :
Le régisseur : -Je viens d'apprendre que dans l'enceinte de la prison il se passe des choses et je n'en suis pas avertit. Quand quelque chose se passe, il y a des yeux et là c'est la diffusion. Et là, vous saviez et il n'y a pas eu de diffusion. Qui s'avait qu'il y avait eu un incident
Silence
Le régisseur : -Personne ?? C'est encore plus grave, ça veut dire qu'elle peut se faire tuer et que personne ne le saura. Qui savait ??
Un gardien : -Moi je ne savais pas mais Barca m'a dit que des prisonniers s'étaient jetés sur elle et qu'elle était partie tellement vite qu'elle avait oublié sa boite.
Le régisseur : Ou est Barca ?
Le gardien : Il est parti hier avec ses affaires, il a quitté la prison.
Le régisseur : Il a mal agit alors il a préféré fuir. La honte est sur lui. Le personnel des ONG est là pour nous aider. Nous avons peu de moyens mais ils sont là pour nous aider. Quand l'un d'entre eux entre dans la prison il est sous notre responsabilité. Il faut veiller. Elle a eu peur, elle est blessée, elle peut légitimement décider de ne pas revenir. Aujourd'hui devant vous tous je fais un grand salut général pour lui demander pardon au nom de la prison, au nom de notre gouvernement et au nom de notre pays. Un grand salut parce qu'elle a été blessée parce qu'elle soigne nos prisonniers. Les prisonniers sont la société et la société a besoin d'eux. Elle fait du bien à la société. Je fait le grand salut général du pardon (Il me fait un salut militaire) Maintenant, à cause de Dieu, à cause des prisonniers et à cause de votre bonté je vous demande d'accepter de revenir travailler ici.
Il faut imaginer ce discours avec les gestes, les cris et les larmes de crocodiles aux yeux. Comme il était parti dans la théâtralisation j'en ai rajouté et j'ai dit que j'acceptais leurs excuses et que maintenant que je me sentais en sécurité je pourrais revenir. Cependant étant donné mon état je n'y reviendrais pas avant trois semaines.
Je ne doute pas que le régisseur savais exactement ce qui c'était passé puisque même le CICR le savais. Diplomatie oblige, j'ai accepté sont théâtre de guignol mais j'ai la certitude que dorénavant, je ne me casserai même pas un ongle en prison.
Ce soir j'ai chargé le padre d'avertir les prisonniers que je reviendrais après quelques semaines de repos. J'imagine qu'ils doivent se dire que je ne reviendrai pas. Ce sont les seuls à avoir réagit quand je suis tombée et ce sont eux qui ont avertit le CICR. Je veille sur eux mais sur le coup ils ont aussi veillé sur moi avec leurs maigres moyens.