C'est bien connu qui sème le vent récolte la tempête et qui va en prison tous les samedi récolte un prisonnier.
Ce matin comme tous les matins je suis arrivée au dispensaire sans vraiment savoir à quoi m'attendre : Des malades, des femme enceintes, des morts? Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un prisonnier moribond devant la loge des gardiens :
-Mama !!Bonjour Mama !!
-Mais qu'est-ce que tu fais ici, toi ?
-Mama, le président m'a libéré hier, c'est une grâce présidentielle. Nous sommes 16, le régisseur nous a donné 50 000frs mais le gardien nous les a retirés à la sortie de la prison.
C'est une coutume, pour ne pas faire chuter les statistiques, les mourants sont libérés par grâce présidentielle et ceux qui meurent en salle de torture sont enterrés dans le jardin de la prison.
Une brave ONG a voulu mettre en place un atelier de réinsertion en faisant faire du jardinage aux prisonniers mais ils ont trouvé tellement de crânes qu'ils ont été obligés d'arrêter.
Le diagnostic, même moi j'ai pu le faire : Béribéri. Il tenait à peine debout et les oedèmes l'avaient totalement déformés. Malheureusement il n'y aucune structure gratuite pour les gens atteints du béribéri. L'envoyer à l'hôpital ou ne rien faire c'était la même chose. J'ai demandé de l'aide à d'autres ONG, personne n'a pu m'aider. Mes collègues m'ont conseillé de laisser tomber, même le prisonnier voulait partir. « Mais je ne vais quand même pas à la prison tous les samedi pour les voir mourir leur sorti e ». Je l'ai gardé avec moi toute la matinée, d'un bout à l'autre du dispensaire, je l'ai nourrit et nous avons traité ses symptômes. J'ai fait mon possible mais quand même je ne savais pas très bien ce que j'allais en faire après le boulot.
Il voulait partir, mais je ne voulais pas le laisser comme ça, sans point de chute.
En fin de matinée, Awa la cuisinière du service nutrition m'a courut pour me dire qu'il était de sa famille et qu'il avait disparu depuis dix ans. Le week-end dernier elle était chez son frère et ils se demandaient s'il n'était pas mort. « Mort ? Pas tout à fait mais si on attend un peu ça pourrait venir ».
Awa a appelé la famille du prisonnier pour savoir s'ils pouvaient s'en occuper. Ravie d'avoir des nouvelles ils ont accepté. J'ai donné l'argent du taxi à Alpha, le prisonnier et je lui ai fait jurer de revenir me voir quand il irait mieux.
Finalement, j'ai rejoint les filles de la tales de médicaments qui ce sont gentiment moqué de moi.
-Tu t'es trouvé un bon mari, il est malade, il pue, il a des mouches autours de lui mais il est géant. Bravo ! Félicitation !!
Si je ne voulais pas me retrouver avec un galeux dénutri et puant à mes côtés je n'avais qu'à rester chez moi. J'ai fait un autre choix, j'en accepte les conséquences.