Ils vont mourir et l'on ne peut rien faire. De beaux bébés en pleine forme, ils vont mourir et l'on ne peut rien y faire.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Quand je suis arrivée ici, j'avais une image magnifique de la famille africaine. J'étais convaincue que lorsqu'un enfant perdait sa mère toute la famille s'en occupait. C'est vrai en théorie et dans les villages reculés mais en ville : un nourrisson qui perd sa mère est voué à une mort quasi certaine.
<o:p> </o:p>Quand la mère meurt en couche, la famille de la mère prend en charge le bébé mais depuis quelques années et selon les ethnies ils refusent de leur donner une nourrice. Il y a plusieurs raisons à cela :
-La famille pense qu'il vaut mieux donner du lait artificiel que du lait de nourrice mais le prix du lait artificiel et équivalant d'un mois de salaire moyen pour un enfant de deux mois.
-Les croyances de certaines ethnies qui veulent que si une femme allaite un orphelin, son lait soit impropre à la consommation de ses propres enfants.
-L'incompatibilité interethnique qui empêche une nourrice d'une ethnie de nourrir un enfant d'une autre ethnie.
-La possibilité de transmission du VIH par le lait maternel
<o:p> </o:p>Résultat, l'enfant est nourrit quelque jours au lait artificiel puis il est nourrit avec un mélange de lait artificiel et de plante parce que la famille n'a plus les moyens de payer le lait et puis il finit par mourir.
<o:p> </o:p>On a beau tourner le problème dans tous les sens, la meilleur solution est l'allaitement par une nourrice séronégative.
<o:p> </o:p>Au début je tentais de convaincre les familles de trouver une nourrice, je m'épuisais en arguments mais ça ne sert à rien. Les enfants disparaissaient un temps et quand ils reviennent au dispensaire il est trop tard pour les sauver.
<o:p> </o:p>Hier, une grand-mère est arrivée au dispensaire avec son petit fils né la veille. L'enfant n'avait eu qu'un mélange de plantes depuis la naissance. Elle voulait absolument acheter du lait sans se rendre compte de la dépense. A cause de la tradition, impossible de lui faire accepter l'allaitement par nourrice. Elle voulait revenir le lendemain pour que nous lui montrions comment préparer le lait. Elle ne se rendait même compte que l'enfant n'aurait pas tenu jusque là. J'ai pris l'enfant d'autorité et je l'ai amené à la maternité à la recherche d'un sein généreux.
Dans la seule chambre occupée la famille de l'accouchée m'a expliquée que ce n'était pas possible à cause de la « contamination ». J'ai argumenté mais rien à faire néanmoins, elles m'ont aidé à trouver une femme dans la cour pour allaiter l'enfant. La nourrice, pour l'occasion, était séronégative, une chance. Mais l'enfant n'avait même pas le courage de téter. La jeune femme y a mis tout son cœur. Nous lui avons ouvert la bouche et elle faisait gicler le lait mais l'enfant n'avalait plus...
<o:p> </o:p>J'étais désespérée, désabusée j'ai pris du glucose dans le frigo de la maternité et je lui ai mis dans la bouche. Il a ouvert un œil, enfin. J'ai prié pour qu'il tienne jusqu'au lendemain et je l'ai rendu à sa grand-mère.
<o:p> </o:p>Ce matin comme je n'étais pas là c'est Marie qui l'a reçu, il avait tenu le coup. Il y avait aussi des jumeaux, un garçon et une fille, orphelins depuis la veille eux aussi. La famille fait preuve de bonne volonté mais nous savons bien que dans quelques jours ils n'auront plus les moyens d'acheter du lait artificiel.
<o:p> </o:p>A cause de croyances absurdes ces trois enfants mourir sans que nous puissions rien faire. Ca donne envie de tous les adopter.
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