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Interdite de prison

Dans mon ONG comme dans toutes les associations, il y a les bénévoles de bonne volonté, très dévoué mais qui ne connaissent pas la réalité du terrain et il y a ceux qui savent de quoi ils parlent.

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Nos responsables de mission font partis de la première catégorie. Jeunes retraité ils ont toujours rêvé de faire ce que nous faisons sans jamais avoir pu le faire. Ils sont responsables de notre mission depuis trois ans et le moins que l'on puisse dire c'est que la communication ne passe pas très bien. L'ancien officier de marine et la prof d'anglais ont des manières à la fois très paternalistes et très autoritaire, ce qui a créé des malaises dans les moments de crise.

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Il y a trois semaines sentant que la situation leur échappait le directeur adjoint est venu nous voir nous avons vidé notre sac sur la gestion de la crise de Noël. Personnellement, j'en voulais directement à l'ONG de ne pas nous avoir évacué plus tôt, de ne pas nous avoir évacué du tout d'ailleurs parce que nous l'avons fait par nos propres moyens.

En fait, il est ressortit de nos entretiens avec le directeur adjoint, que l'ONG n'était pas au courant de notre situation. Alors que nos responsables s'étaient disputés avec trois d'entre nous et que nous demandions tous à être évacués, ils ont dit à la direction que « nous allions bien et que nous nous apprêtions à passer Noël ensemble ».

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Après son retour à Paris, le directeur adjoint à remis les points sur les i et les barres sur les t parce que je crois qu'il n'a pas tellement apprécié que la réalité de la situation lui ait été cachée. En partant il nous a demander de passer par lui lorsque nous sentions que la communication ne passait plus avec l'amiral et la prof.

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Cet après midi, j'ai eu un appel de la prof, Violaine. Depuis le retour du directeur adjoint, elle nous appelle deux fois par semaine alors qu'après Noël nous ne les avions pas eu au téléphone pendant plus d'un mois. Aujourd'hui elle sortait de réunion et elle voulait me faire part de ce qui avait été décidé.

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-Bon, alors nous avons décidé que jusqu'à nouvel ordre, tu n'irais plus à la prison.

-Et pour quelle raison ?

-Tu comprends, c'est un endroit dangereux et ce n'est pas le moment parce que votre équipe est fragilisée.

-Que c'est un endroit dangereux, je suis la première à le dire. J'y prends toujours un maximum de sécurités. Quand je vous ai dit que je n'irais pas sans le père Roberto, vous avez ri en disant qu'Anita y allait toute seule. Néanmoins j'ai refusé d'y aller seule sauf le jour de l'accident. Quand le directeur du dispensaire est tombé malade, je me suis moi-même interdite de retourner en prison sauf pour un pansement et c'est là que j'ai été blessée. J'avais pris cette décision il y a bien longtemps et sans vous, ce n'est pas maintenant que la situation s'est normalisé que vous allez m'interdire d'y aller.

-Je te demande de ne plus y aller, c'est la décision qui a été prise. Je te signale que ta luxation

à lourdement pesée sur ta mission.

-Lourdement pesée sur ma mission, tu rigoles. Pas un seul jour, tu m'entends, je n'ai pas manqué un seul jour de boulot parce que j'avais mal ou que je n'avais pas dormi. Cette décision est absurde, elle intervient un mois trop tard. Ca fait un mois que je ne vais plus en prison et c'est justement maintenant que je dois y aller parce que le plan de nutrition commence que vous le l'interdisait, ça n'a pas de sens.

-Ce n'est pas ta mission.

-Justement, ce sont mes loisirs donc je ne devrais pas te demander ton avis.

-....

-C'est un ordre ?

-Oui.

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En sortant du dispensaire j'étais révoltée, contre eux et contre moi. Contre eux qui ne comprennent jamais rien, qui sont toujours à contre temps et qui nous prennent pour des enfants alors que nous nous débrouillons toutes seules pour soigner 400 personnes par jour.

Contre moi parce que je n'imaginais pas qu'une telle décision me toucherait autant. Si l'ONG en réunion avait pris une telle décision c'est que j'avais dépassé mes propres limites sans m'en rendre compte, que j'était proche du born-out et que je ne l'avais pas vu. Ca voulait dire aussi que j'étais vraiment attachée à mon travail en prison et je n'aime pas m'attacher.

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Sur la route un chauffeur de taxi a pillé devant nous et Marie lui est rentré dedans, il est sortit furieux et à frappé avec violence à ma fenêtre.

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-Ah, tu vas nous emmerder toi aussi, dégage gros con. Je vous déteste tous, vous me sortez par les yeux. Ils ont raison les deux abrutis il faut que j'arrête. Dégage !!!!

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Il est parti en s'excusant, Marie a redémarré et nous avons éclaté de rire. Il fallait que ma colère sorte. Maintenant, j'allais pouvoir demander des explications. J'ai appelé le directeur adjoint.

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-Il parait que vous avez pris la décision de m'interdire d'aller en prison. Si tel est le cas je veux savoir pourquoi exactement mais je ne désobéirai pas.

-Il n'a été pris aucune décision de ce genre, qui t'a dit ça ?

-Violaine.

-C'est absurde, pourquoi ?

-A cause de l'accident, il y a un mois. Je te rappelle que j'étais allé voir le régisseur pour garantir ma sécurité, que j'avais décidé de faire une pause le temps de mon rétablissement et que j'avais déconseillé à quiconque d'y aller temps que nous serions autant fatiguée.

-Je sais tous ça, c'est pour cela que je suis surpris.

-Il parait que c'est un ordre de l'ONG.

-Un ordre ?? On n'est pas à l'armée. Si tu déconnais complètement on aurait eu une discussion mais je trouve que tu gères ça de manière exemplaire.

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Ca faisait du bien de l'entendre parler comme ça. Un moment j'ai douté de ma capacité de discernement. Le lendemain nous avons eu une nouvelle discussion avec le directeur adjoint et Violaine. J'ai demandé à ce qu'ils nous fassent confiance puisque nous étions les mieux placer pour comprendre les situations et d'ouvrir un vrai dialogue en cas de divergences. Elle a admis qu'elle avait mal évalué la situation, encore. Elle aussi admis que je m'entourait de toutes le précautions puisque j'étais accompagnée par « Saint Roberto ». Comme il n'y avait aucune raison que je ne retourne pas en prison elle a levé son interdiction. « Ca tombe bien parce que cette semaine je n'y vais pas, je pars en week-end avec les filles. »

Elle a profité de cette conversation pour m'annoncer que le directeur et sa femme rentreraient vers le 15 mars et que j'irai me reposer en France après leur retour vers le 23 mars. Dommage, mon anniversaire c'est le 3 et celui de mon petit frère le 8, je serais encore ici.

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Elle a au moins raison sur un chose mais elle n'en a pas conscience. Aller en prison c'est jouer sur le fil sur rasoir. Je suis obligée d'être sur mes gardes pour ne pas aller au-delà de mes forces. Je n'ai commis qu'une seule erreur et je la paye encore toutes les nuits. Et puis, c'est quand une bonne chose qu'elle s'inquiète pour nous même si elle le fait mal.

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