Ce matin les urgences ont été marquantes, elles font parties des urgences que je n'oublierai pas.
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Vers dix heures Ana m'a demandé une boite d'urgence et quelques secondes plus tard j'ai vu une mère courir en se frappant la poitrine et en criant qu'elle allait se tuer. Je dois bien avouer que j'ai hésité à sortir de ma pharmacie. J'avais du travail et je n'avais pas vraiment le temps de consoler une mère qui serait inconsolable. Ses cris envahissait le dispensaire et par charité j'ai enfin laisser tomber mes boites de médicaments pour aller m'occuper d'elle.
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Je n'ai hésité pas parce que je suis devenue insensible. J'ai hésité parce que souvent je me sens totalement inutile et que je ne parle pas la langue.
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Quand je suis arrivée dans le couloir à ma grande surprise elle était seule, assise sur un banc le visage défiguré par la douleur.
-Que c'est il passé ?
-Mon fils est mort, alors je vais me tuer.
-Il a eu un accident ?
-Non, il ne parlait plus, il ne répondait pas.
-C'est le docteur Ana qui s'occupe de lui, elle va faire son maximum.
-Mais je sais qu'il est mort mais on ne me le dit pas.
-Ecoute, je vais aller voir. Reste ici et s'il est mort je viendrai d'avertir.
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Arrivée dans la salle de consultation, j'ai trouvé l'enfant de trois ans étendu inconscient et Ana hilare. Ana à une carapace en kevlar et elle est souvent détendue quand tout va mal.
-Qu'est-ce qu'il a ?
-Coma éthylique.
-Ethylique ?
-Oui, coma éthylique, il est bourré...
Après un sucre et un peu de bouillie l'enfant a repris conscience mais visiblement il avait mal aux cheveux. La gueule de bois ce n'est pas beau avoir même et surtout chez un enfant de trois ans.
Nous avons séparé la mère et l'enfant pendant quelques et puis nous lui avons remis l'enfant. En l'absence d'un service de protection de l'enfant nous ne pouvons rien faire. Cependant comme la mère était une voisine de l'une de nos consultante, elle a promis d'aller voir la famille pour qu'ils fassent quelque chose.
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En fin de journée Mariam m'a demandé d'acheter un ticket à un indigent. Un gamin de cinq ans brûlé au troisième degré et dont Marie s'occupait particulièrement. J'ai payé le ticket de l'enfant et Mariam lui a refait son pansement.
Elle est revenue me voir pour me demander de lui prescrire du fansidar contre le palud parce qu'il avait une forte fièvre. J'ai observé le gamin, j'ai fait ma prescription et je lui ai donné les médicaments.
Un demi heure plus tard sa mère est arrivée en hurlant, l'enfant convulsait. Je l'ai emmené à Ana et elle lui a fait une injection de Quinine. Il a repris connaissance quand nous l'avons enroulé dans un pagne mouillé. Ce n'était pas un neuropalud mais juste des convulsions fébriles. Il s'est endormi dans les ras d'Ana et nous l'avons rendu à sa mère.
Même si Ana m'a assurée de la prescription était bonne et que je n'avais commis aucune erreur, je dois dire que je n'en menait pas large.
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De retour à la maison, j'ai expliqué à Marie ce qui était arrivé à Bilo, son protégé. Affaibli par la brûlure, nous espérons qu'il aura eu la force de supporter ce palud.
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