Ce matin il fallait bien que je retourne à la prison pour vérifier que mon patient, Ousman, n'était pas mort d'une septicémie. Le journaliste tenait absolument à m'accompagner et a visiter la prison. Je l'ai prévenu que ce n'était pas non plus Disneyland et je l'ai emmené avec moi. Redoutable erreur.
Quel soulagement de constater qu'Ousman était toujours vivant. En enlevant le pansement je me suis rendue compte que non seulement il était vivant mais en plus l'abcès ne s'était ni infecté ni refermé. Pendant que Thierry le journaliste s'insurgé contre les conditions de détention, j'ai refait le pansement d'Ousman et celui d'Abderramane celui qui a le crâne fendu.
-Tu as vu comme ils sont maigres
-Oui j'ai vu, je les vois toutes les semaines.
-Mais ils ne mangent pas à leur faim et les conditions sont déplorables
-Oui je sais, ils le savent aussi et je te signal qu'ils parlent tous français donc ce n'est pas la peine d'en rajouter.
Après la prison nous avons récupéré Ana à la clinique où est hospitalisée de directeur et nous avons pris la route de la forêt pour un week-end de repos et de cocooning dans un couvent. Après vingt kilomètre, premier barrage de police. 50 000 Frs, parce que je me suis énervée et que je n'avais que mon permis français pas le local. Nous avons passé le check point de la sortie de la ville sans encombre mais pas sans stress. Nous avons récupéré deux filles de plus dans un autre couvent. Je crois que le journaliste il a eu sa dose de conversation sur les avantages et les inconvénients des serviettes et des tampons dans ce genre de pays, de shampoing deux en un, de brushing et de garçons. Nous avons passé encore un check point, un nouveau mais ils ne nous ont pas vu parce que je m'étais cachée derrière un camion. J'ai un peu râlé parce que j'en ai marre de me faire racketter à chaque check point et nous avons continué nos conversations de filles. Le journaliste il n'en pouvait plus. Heureusement qu'il y avait encore un autre check point. Nous avons eu beau dire que nous allions sauver des enfants d'une mort certaine, rien a faire, ça nous a encore coûté 20 000Frs.
« Marre d'offrir deux ans de ma vie pour ce pays pouilleux et de me faire racketter tout les vingt mètres parce que je suis blanche. »
L'avantage, c'est que nous avons changé de conversation. Nous nous sommes lâché sur le pays. Nous avons dit les pires horreurs. Je crois que Thierry préférait quand on parlait petites culottes. Il était venu rencontré des missionnaires qui font don de leur vie pour les pauvres et il découvre quatre harpies au bout du rouleau.
Arrivé au couvent, le bonheur. Nous sommes baignés dans une rivière où nous avons été rejoint par une touriste de 82 ans qui vient tous les ans pendant trois semaines pour donner des cours de tricot aux femmes du village. C'est beau le don de soit quand même.
Nous avons partagé le repas avec une cantinière et un médecin venus eux aussi faire don de leurs vacances pour sauver les pauvres. C'est dommage qu'ils soient tombés sur nous.
Le médecin avait rencontré la veille « un médecin formidable qui fait des choses merveilleuses avec tellement peu de moyens » Le médecin en question c'est celui qui avait pris en charge la petite Fanta et qui était à l'origine du pourrissement de ses oreilles. Inutile de nous dire qu'on lui a taillé une garde robes pour l'hiver. Il a faillit s'étrangler avec sa papaye quand je lui ai décrit mon opération de la veille et il s'est indigné des conditions d'incarcération. Sur les conditions d'incarcérations il a été bien aidé par le journaliste et j'ai eu le droit à un procès en bon et dut forme
-Et vous ne faites rien ?
-Si, je me lève tous les samedis matin à l'aurore pour aller les soigner.
-Vous avez prévenus, la Croix Rouge, Amnistie Internationale, les autorités locales. Vous ne pouvez pas laisser faire ça.
-Ils sont tous parfaitement au courrant. La Croix Rouge est en train de monter un protocole de nutrition mais ça prend deux mois, Amnistie Internationale n'intervient pas parce que c'est la Croix Rouge qui doit s'en occuper et les autorités locales sont responsables de ce qui ce passe.
-Mais vous devriez alerter les média internationaux, prendre des photos,...Prévenez l'évêque qu'il avertisse le nouveau président.
-Non, je ne ferais rien de tout cela parce qu'avec le padre nous sommes les seuls a avoir le droit de rentrer dans toutes les cales et à pouvoir faire tous les soins que nous voulons. Si nous sommes interdit d'entrer. Les prisonniers seront seuls et personne ne pourra plus raconter ce qu'il se passe à l'intérieur.
A la fin du repas Ana a reçu un coup de fil, quand elle est revenue vers nous elle nous a annoncé une terrible nouvelle : Le directeur est rapatrié en Belgique a cause de ses coliques néphrétiques. Il emmène sa femme et sa fille.
Demain soir, il ne restera plus qu'Ana le médecin chef, Marie l'infirmière et moi. Je ne compte pas le médecin autrichien qui devrait partir la semaine prochaine mais qui n'est déjà plus là dans sa tête.